Syndicalisme et remise en cause des libertés démocratiques

Bien que nombre de leurs syndicats élèvent la voix, les sommets des confédérations, pourtant prompts ces derniers temps à s’exprimer ensemble sur de nombreux sujets, se taisent sur les remises en causes répétées des libertés démocratiques par le gouvernement.

A Paris, le 6 juin 2023 (photo AFP)
Par Gabriel Caruana
Publié le 2 mai 2024
Temps de lecture : 3 minutes

Le POI a publié dans son communiqué du 25 avril la prise de position du syndicat américain Unite Here Local 26 qui représente des milliers de travailleurs sur le campus de Boston et affirme sa solidarité avec les étudiants qui « protestent contre le financement continu de la guerre israélienne à Gaza », exige le respect du droit « à se rassembler et manifester » et encourage ses membres « à aider ces étudiants de toutes les manières ». Cette prise de position et ne peut que rencontrer un écho dans notre pays.

C’est ainsi qu’en Loire-Atlantique, le 26 avril, les organisations syndicales CGT 44, FO 44, FSU 44, Solidaires 44 et les associations Attac 44, Libre Pensée 44 et AFPS 44 « dénoncent la remise en cause de la liberté d’expression par le gouvernement. La condamnation d’un militant CGT, la convocation de plus de mille militant-es dont des hommes et femmes politiques pour avoir émis des propos sur le conflit israélo-palestinien qui déplaisent au gouvernement sont des décisions qui n’ont pas de place dans notre démocratie. L’assimilation de ces paroles critiques à de l’apologie du terrorisme relève d’une volonté d’intimidation et donc de musellement des idées d’opposition. »

Elles condamnent « cette dérive autoritaire qui vise à criminaliser toutes les voix qui s’élèvent pour exiger un cessez-le-feu à Gaza, la fin des massacres et des bombardements des populations civiles, l’arrêt du génocide du peuple palestinien et la cessation des livraisons d’armes par la France en Israël. Elles demandent l’arrêt immédiat des convocations et l’abandon des poursuites. »

« Aux côtés des étudiants et de la jeunesse »

Dans le même sens, le 29 avril la fédération FO de l’enseignement (Fnec-FP FO) écrit : « La ministre Retailleau justifie l’envoi de CRS mercredi dernier contre des étudiants de Sciences Po Paris qui avaient décidé d’occuper le campus pour faire valoir leurs revendications. (…) La ministre maintient les poursuites disciplinaires à l’encontre d’étudiants pour “antisémitisme”. (…) Ainsi, le gouvernement persiste dans l’utilisation de polémiques montées de toutes pièces pour remettre en cause les libertés académiques et les franchises universitaires, ainsi que les libertés d’opinion, d’expression et de mobilisation des étudiants.

La Fnec-FP FO exige l’abandon de toute poursuite contre les étudiants de Sciences Po comme contre tous les étudiants ou collègues qui se mobilisent pour la paix à Gaza » et « appelle les personnels à être aux côtés des étudiants et de la jeunesse qui se mobilisent pour la paix, et pour la défense des libertés universitaires. »

A Antibes (06), la commission exécutive de l’union locale CGT, après avoir dénoncé la répression contre les secrétaires généraux de l’UD CGT du Nord ou de la Seine-Saint-Denis déclare : « Au même moment, la préfecture de police de Paris interdit une manifestation et un concert en soutien aux enfants massacrés à Gaza. A Lille, les candidats LFI aux élections européennes se voient interdire une réunion publique dans un espace privé par arrêté préfectoral – donc par l’Etat. Jusqu’où cela va-t-il aller ? ». Et de conclure : « Le 1er Mai, tous dans la rue pour défendre la démocratie, le droit d’expression et les revendications. »

Des prises de position de ce type, nous en avons reçu des dizaines, mais les sommets des confédérations pourtant prompts ces derniers temps à s’exprimer ensemble sur de nombreux sujets se taisent.

Tout est lié

Il est normal dès lors que la discussion se mène dans les syndicats, à tous les niveaux. Qu’il s’agisse de l’interdiction d’une réunion politique, d’une manifestation associative, d’un mouvement d’étudiants ou de poursuites contre un syndicaliste : la défense des libertés publiques ne se divise pas. Il ne sert à rien de détourner les yeux en espérant être épargné. La logique du gouvernement c’est la brutalité et la répression, c’est celle du 49.3 à répétition, c’est celle de la confiscation et du pillage de la Sécurité sociale, de l’assurance chômage, c’est celle de la marche à la guerre. Cela ne laisse pas de place pour la liberté d’action et de négociation du syndicat.

Tout est lié, lorsque la démocratie et les libertés sont remises en cause, c’est le droit des salariés de s’organiser dans des syndicats indépendants pour défendre leurs intérêts qui est aussi en jeu. Alors, rien ne pourra l’empêcher, l’exigence du respect des libertés, du cessez-le-feu et de la satisfaction des revendications continuera à s’exprimer.