Macron dans « Elle » : une interview réactionnaire
Le 8 mai, Macron donnait une interview fleuve, dans laquelle il revenait sur sa politique en matière de droits des femmes. Face à l’épreuve de la réalité, ses discours féministes se vident de leur sens, de la polémique sur le rôle des pères jusqu’au « réarmement démographique ».
- Tribune libre et opinions

Le père devrait reprendre son rôle de patriarche
Macron annonce vouloir obliger les pères absents à « un devoir de visite, un devoir de suivi, d’éducation, de poursuite du projet parental au-delà du couple ». Ainsi, les mères déjà seules à assumer la charge d’élever leurs enfants et bien souvent dépendantes de la pension alimentaire qu’elles reçoivent seront ravies d’apprendre que l’homme qu’elles ont quitté a toujours un mot à dire dans l’éducation des enfants qu’il a délaissés. De même, les enfants abandonnés ou violentés par leur père seront heureux de savoir que celui-ci se trouve conforté dans son autorité parentale et obligé de leur rendre visite. Bien sûr, ceux qui sont visés sont explicitement nommés par le président : « 90 % des jeunes émeutiers de juillet dernier étaient issus soit de l’aide sociale à l’enfance, soit de familles monoparentales ».
Encore une fois, les plus pauvres sont pointés du doigt et leur colère légitime renvoyée à l’état de caprice d’enfant mal éduqué.
S’alignant sur les discours réactionnaires de l’extrême droite, Macron entretient le fantasme d’une autorité à rétablir. Nous nous contenterons de répondre en citant les propos de Yessa Belkhodja lors de l’assemblée du POI du 5 mai 2024 à propos des mères de banlieues : « On monte ce collectif pour dire que nous, en tant que mères, on n’est pas des sujets politiques passifs ».
La santé des femmes n’existerait que pour leur capacité à reproduire
Plus largement, cet entretien révèle le désengagement de l’Etat pour les droits des femmes et des minorités de genre en matière de santé. Face au problème d’accès à la PMA dont les délais d’attente sont interminables, Macron propose d’« ouvrir aux centres privés l’autoconservation ovocytaire ». C’est la continuation de l’entreprise de la casse du service de santé publique et de la privatisation de ce secteur.
En première ligne la santé des femmes et des minorités. En ce qui concerne les recherches pour la ménopause que Macron annonce relancer, rappelons que c’est un domaine privilégié de l’exercice des gynécologues médicaux que le Comité de défense de la gynécologie médicale s’acharne à défendre depuis des années.
Ce qui intéresse principalement le président à propos de la santé des femmes, c’est leur « fertilité ». Il insiste ainsi de nouveau sur son plan de relance de la natalité, une « force française », au mépris du respect des femmes. On retiendra la phrase : « Toute femme doit disposer librement de son corps. Mais… ». Il semble oublier que l’effondrement de la natalité depuis son arrivée au pouvoir (1,89 en 2017 à 1,68 en 2023) est d’abord la conséquence de sa politique sociale qui fait la guerre aux travailleurs.
Un discours féministe qui cache une politique réactionnaire et sexiste
La première cause de la montée du sexisme chez les jeunes hommes ? La pornographie selon Macron, qui accuse une fois de plus l’éducation des parents irresponsables. Pour y remédier, il annonce vouloir déployer les cours d’éducation à la vie affective et sexuelle au sein des établissements scolaires : « Il faut que ces cours aient vraiment lieu ».
Il semble pourtant oublier que ces cours sont obligatoires dans le Code de l’éducation, qui prévoit au moins trois séances annuelles. Si moins d’un élève sur cinq a la possibilité de les suivre, c’est avant tout à cause de l’entreprise de destruction de l’école publique et des milliers de suppressions de postes qui empêchent que ces cours soient dispensés.
Enfin, dans la dernière partie de son entretien, il revient sur la décoration de Thierry Ardison, qui a tenu durant toute sa carrière des propos sexistes inacceptables, et sur son soutien à Gérard Depardieu. Il réaffirme ses propos, et demande un débat « apaisé » pour pouvoir écouter ce que ces derniers ont à dire. Qu’en est-il de l’apaisement des 103 femmes mortes sous les coups de leurs conjoints en 2023 ? Doit-on là aussi laisser la parole à leurs agresseurs ?
