Une « trêve » pour piétiner la démocratie : la majorité qui a voté NFP n’accepte pas
« Il y aura une trêve politique jusqu’au 15 août », nous a dit Emmanuel Macron pour justifier son refus de désigner un gouvernement de la force politique arrivée en tête des élections législatives anticipées qu’il a organisées lui-même pour obtenir « la clarté dans les débats ».
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Mais entre deux allers-retours depuis le fort de Brégançon pour aller congratuler chaudement les athlètes, pas de trêve pour le président et son personnel qui s’activent pour faire comme si rien de s’était passé le 30 juin et le 7 juillet, comme si une mobilisation populaire inédite vers les urnes n’avait pas eu lieu pour en finir avec le macronisme.
Et tout ce petit monde multiplie les magouilles pour pouvoir continuer « comme avant ».
Vu de l’étranger, la France est une anomalie politique. Ainsi le journal libéral Allemand Die Zeit affirme que le président « fait désormais fi de toutes les coutumes démocratiques, selon lesquelles le parti ayant le plus de députés gouverne toujours immédiatement » et appelle Macron à nommer le NFP arrivé en tête à « gouverner sans attendre ».
Die Zeit s’interroge : « Mais qui commande désormais, lors des Jeux olympiques, qui sont regardés par des milliards de personnes à travers le monde ? Qui commande la police dans les stades ? Qui donne d’innombrables interviews en tant que ministre des Sports ? Qui, en tant que Premier ministre, a commenté les actes de sabotage massifs sur le réseau ferroviaire français ? C’est l’ancien gouvernement, la faction qui a reçu le moins de voix parmi les trois principaux blocs politiques au premier et au deuxième tour des élections législatives. »
Battu par trois fois aux élections, le petit monarque méprise l’avis majoritaire car ses commanditaires sont ailleurs, dans la petite minorité des grands capitalistes qui ont été invités pour déjeuner le jeudi 25 juillet à l’Élysée (bien que ses dépenses somptuaires aient été pointées par la Cour des comptes) pour les rassurer sur ses intentions à ne rien changer à sa politique.
Guerre, coupes budgétaires, préparation du budget 2025 : le gouvernement continue comme avant
Et c’est Bruno Le Maire, ministre de l’Économie censé « gérer les affaires courantes », qui travaille à pied d’œuvre au budget. « Je vais envoyer dès cette semaine des propositions de crédits ministère par ministère au Premier ministre Gabriel Attal (…) pour qu’il puisse signifier lui-même à ces différents ministères le montant de crédits dont ils disposeront en 2025 », a-t-il expliqué. Ceux-ci seront « inférieurs » à ceux de 2024 « dans des proportions qui seront significatives » puisque Thomas Cazenave les chiffre à 20 milliards d’euros. Et pour cette année, des économies supplémentaires de 5 milliards sur les ministères et de 2 milliards sur les collectivités locales sont décidées !
Alors que les menées génocidaires de Nethanyhou entraînent une escalade de guerre, Macron persiste à le soutenir comme le lui a rappelé le député LFI Thomas Portes, quand le président se vantait d’avoir appelé les chefs d’États arabes « à la responsabilité » : « La responsabilité c’est de commencer par cesser de livrer des armes aux assassins de Tsahal et de prendre des sanctions économiques et diplomatiques contre Israël. Vous refusez d’agir pour faire cesser le génocide et déroulez le tapis rouge du président Herzog. La honte. »
Magouilles et carambouilles
Voilà pour quelle politique il faut trouver une coalition qui piétine la volonté majoritaire. Alors les tambouilles vont bon train. On avance le nom de Xavier Bertrand comme Premier ministre, bien que le groupe de la droite républicaine ne soit que le cinquième de l’Assemblée nationale.
On ressort de la naphtaline l’ancien ministre de l’Intérieur puis Premier ministre de François Hollande, Bernard Cazeneuve pour l’envoyer à Matignon.
Casser le Nouveau front populaire, isoler la France Insoumise : pas si simple !
Mais ce sont des paris fragiles. Il n’arrive pas à casser le Nouveau Front populaire qui continue à exiger le respect de la démocratie ancré sur le vote de millions pour son programme.
À ses opposants qui lui demandent d’en rabattre sur le programme et de constituer une majorité avec des débris de la macronie, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure lors de son conseil national le 25 juillet dernier a répondu clairement : « S’il n’y a pas La France insoumise, il n’y a pas de majorité relative (…). Ce que veut Macron c’est prolonger sa politique. Il n’a pas prévu de changement de cap. ) C’est pourquoi nous voulons un gouvernement du Nouveau Front populaire qui ait pour base – ce qu’a dit Lucie Castets – le programme du nouveau Front populaire. »
Car la mobilisation exceptionnelle vers les urnes pour les candidats du NFP a bien un sens, exiger la satisfaction des besoins vitaux : le Smic à 1 600 €, l’abrogation de la réforme des retraites, le blocage des loyers et des prix, le cessez-le-feu en Palestine pour ne citer que ces quelques mesures phares du programme du Nouveau Front populaire… Et il n’est pas questions de passer à autre chose.
C’est sur ces revendications urgentes que des rassemblements syndicaux ont eu lieu le 18 juillet, avec le soutien de LFI.
C’est la première ministre du NFP, Lucie Castets, qui multiplie les déplacements et les contacts dans tout le pays pour expliquer le programme de gouvernement et comment il sera mis en œuvre.
Ce sont des initiatives communes des composantes du NFP dans plusieurs départements pour exiger la nomination de cette Première ministre.
Ce sont des groupes d’action de La France insoumise qui vont tout l’été sur le terrain avec un tract national qui indique : « Macron doit appeler le Nouveau Front populaire à gouverner ou démissionner », et qui appelle à « rejoindre toutes les mobilisations pour faire respecter le résultat des élections législatives, nommer un gouvernement du Nouveau Front populaire et appliquer son programme. »
Si Macron persiste à utiliser tous les artifices antidémocratiques de la Ve République pour continuer à nier la volonté populaire il prend lui-même la responsabilité d’ouvrir la porte à une crise politique d’ampleur.
C’est aussi ce qui inquiète la presse internationale. Le journal Die Zeit, déjà cité, conclut que la France est « politiquement décapitée. » Quant au New York Times, il estime que « le ton de la lettre de M. Macron semblait contenir les germes d’une possible dérive et d’une confrontation dans la mesure où son interprétation du résultat des élections n’est en aucun cas partagée ».
La classe ouvrière, la jeunesse, la population ne sont pas prêtes à se laisser voler la victoire. La confrontation est inévitable.
