Novembre 1989 > Le mur de Berlin tombait

Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombe. Deux jours plus tard, la section française de la IVe Internationale (PCI) réuni en congrès adopte « à chaud » une résolution politique (rédigée par Pierre Lambert) que nous publions ici.

(AFP)
Par Henry Halphen, Lucien Gauthier
Publié le 9 août 2025
Temps de lecture : 5 minutes

Nous publions des extraits de La Vérité n° 60-61 de mars 2008 (spécial Pierre Lambert) consacrée à la résolution politique adoptée par le 34e congrès de la section française de la IVe Internationale. Dans la soirée du 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombait. En pleine mobilisation en Allemagne, le 34e congrès de la section française de la IVe Internationale (PCI) se tenait les 11 et 12 novembre 1989, il adoptait « à chaud » les documents suivants : la résolution politique (rédigée par Pierre Lambert) que nous publions ici, et la lettre adressée aux travailleurs, jeunes et militants (cette lettre est reproduite dans La Lettre de La Vérité n° 767 du 18 novembre 2014).

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Les contradictions des relations internationales et des relations entre les classes se révèlent avec une force inouïe dans les explosions révolutionnaires qui éclatent à des niveaux divers à l’échelle mondiale et sur tous les continents, au travers d’un développement dont le facteur dominant est la montée du mouvement révolutionnaire des masses. Les explosions en Birmanie et en Chine, en Allemagne et en URSS, en Pologne et au Brésil, en Afrique du Sud et au Venezuela, comme la résistance de la révolution nicaraguayenne face à la contre-révolution soutenue par l’impérialisme américain confirment la caractérisation de la situation mondiale comme celle de l’imminence de la révolution. Période historique analysée comme couvrant une période longue, où la marche à la révolution connaîtra des hauts et des bas.

Il pourrait sembler que l’Europe capitaliste était jusque-là préservée : la gigantesque explosion sociale en Allemagne de l’Est révèle les contradictions qui étaient encore relativement cachées, ébranlant tout l’équilibre mondial. Les mouvements en cours en Allemagne de l’Est, dirigés contre la bureaucratie de l’Est, ébranlent l’Allemagne de l’Ouest capitaliste, qui est une société de classes. On ne peut prévoir ni déterminer complètement la succession de toutes les phases à venir. La montée de la révolution en Allemagne procède d’un processus d’ensemble de relations internes et internationales, et d’intenses contradictions. Il reste que des millions d’ouvriers de Berlin-Ouest sont accourus pour saluer les milliers de travailleurs de l’Est. Certes, la classe ouvrière et les peuples opprimés, y compris la classe ouvrière en Allemagne, ont connu et connaîtront bien des désillusions, des perfidies et des trahisons.

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Ce à quoi nous assistons, c’est à l’effondrement en cours de l’équilibre mondial édifié à Yalta, déstabilisant tant l’équilibre des pays d’où la propriété privée a été expropriée que l’équilibre de tout le système capitaliste en Allemagne, en Europe et dans le monde. À l’équilibre de Yalta, qui se liquide par les faits, se substituera une situation où des mouvements antagoniques vont se développer entre la révolution et la contre-révolution que la bureaucratie et l’impérialisme ne pourront régler. À Yalta, un équilibre mondial entre les classes s’est édifié sur la base d’une vague révolutionnaire contenue par un système de conquêtes sociales arrachées à l’impérialisme par le prolétariat et les peuples opprimés, ainsi que les conquêtes arrachées par l’expropriation, révolutions déformées. C’est sur cette situation qu’avec Yalta l’impérialisme tenait en équilibre les mécanismes du système de la propriété privée des grands moyens de production, grâce à la bureaucratie du Kremlin et à ses agences nationales, et aux appareils des partis social-démocrates qui ont réussi à maintenir la classe ouvrière dans le cadre de l’équilibre bourgeois.

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Alors que, de toutes parts et en tous lieux, il est affirmé la faillite du marxisme, toute la situation économique mondiale infirme les fallacieuses théories staliniennes du socialisme dans un seul pays. La situation mondiale dans son ensemble confirme que, sur la constitution du marché mondial édifié par le capitalisme, les forces productives étouffent dans le carcan de la propriété privée et des États. Les analyses marxistes de Trotsky et de la IV e Internationale sont confirmées.

L’économie des pays d’où le capitalisme a été exproprié est dépendante du marché mondial, “auquel nous sommes subordonnés, avec lequel nous sommes liés et dont nul ne peut s’arracher” (Lénine). Le résultat final de la gestion bureaucratique de l’économie par la caste privilégiée, c’est le chaos. Ce n’est pas le marxisme qui est dépassé, ce sont les fallacieuses théories du “socialisme dans un seul pays”, de la coexistence pacifique et des prétendus pays socialistes.

La décomposition de tout le système mondial de l’impérialisme sous l’égide du FMI et de la CEE entraîne tous les pays, y compris les pays avancés, à la plus gigantesque destruction des forces productives. Dans les pays arriérés, avec l’exigence du paiement de la dette extérieure, l’impérialisme s’est engagé dans le processus de recolonisation. Les éléments de rétablissement de la propriété privée des grands moyens de production en URSS, en Chine, dans les pays de l’Est, cumulés à la gestion catastrophique de la bureaucratie, entraînent l’économie de ces pays à un désastre sans précédent. La pénétration du capital financier, le rétablissement de la propriété privée des grands moyens de production entraîneraient des relations de type colonial, avec toutes leurs désastreuses conséquences.

Le système de la propriété privée et celui de la propriété sociale ont coexisté durant des dizaines d’années. La marche de la lutte des classes démontre qu’historiquement ces deux formes de propriété ne peuvent coexister. (…)

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Derrière les craintives déclarations de tous les hommes politiques de tout bord sur la nécessaire unité de l’Europe, alors que tous les gouvernements, quelle que soit leur couleur politique, tentent d’organiser le marché unique de 1992, la concurrence la plus aiguë et acharnée rend la lutte entre les États extrêmement âpre. C’est là une donnée qui doit entrer en compte dans l’appréciation du bouleversement de l’équilibre européen édifié à Yalta. (…)

Cela confirme que nous assistons à la destruction des fondations mêmes de l’économie mondiale. C’est là la confirmation de ce que l’unité économique et politique réelle de l’Europe ne peut être réalisée par les gouvernements capitalistes. Ils ne peuvent réaliser que compromis partiels et demi-mesures, qui, certes, ont leur importance dans la lutte de classes, mais qui ne sauraient réaliser une Europe unie économiquement et politiquement.

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Le capitalisme est entré dans la phase où l’action destructrice du maintien du système de la propriété privée des grands moyens de production mine les conquêtes sociales arrachées par le prolétariat. L’impérialisme, effrayé par la crise révolutionnaire mondiale issue de la deuxième guerre impérialiste, a dû concéder des réformes : certes, le capitalisme connaîtra jusqu’à sa mort des fluctuations, mais ces fluctuations en hausse ou en baisse renforcent le parasitisme de son système, dont la spéculation est l’expression. Ce ne sont que fluctuations superficielles (certes importantes pour la lutte de classes), mais sur un fond de destruction croissante des forces productives, minant l’économie mondiale. Dans cette situation, aggravée par la concurrence acharnée à laquelle se livrent les États, les gouvernements bourgeois de toute couleur politique, appuyés sur les partis de la IIe Internationale et les PC, ne voient l’issue que dans l’intensification de l’exploitation et du chômage et dans la réduction du pouvoir d’achat. Avec la marche à la restauration capitaliste en URSS et dans les pays d’où la propriété privée a été expropriée, le degré d’augmentation de l’exploitation serait, l’intervention directe du FMI aidant, sans commune mesure, comme le montrent la Hongrie, la Yougoslavie, la Pologne. (…)

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Le mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière allemande, s’affirmant aujourd’hui dans la révolution politique en Allemagne de l’Est, soulève avec force la nécessité de mettre en avant le mot d’ordre d’États-Unis socialistes d’Europe contre l’Europe du capital, contre les plans du FMI, contre la perestroïka restaurationniste.

Pour ce qui concerne l’Allemagne, alors que l’équilibre de Yalta s’effondre, qui entraînera une crise majeure dans les pays de l’Est et dans l’Europe des Douze, le mot d’ordre des États-Unis socialistes d’Europe devient encore plus central. Nous avons toujours combattu pour l’unité de l’Allemagne. Aujourd’hui, l’unité allemande, combinant le combat de la section du prolétariat allemand de l’Ouest avec ses conquêtes sociales arrachées à l’impérialisme et de la section du prolétariat allemand dans l’Allemagne de l’Est où l’expropriation du capital a été réalisée, donne toute la force aux mots d’ordre :

– droit du peuple allemand à rétablir son unité nationale : unité de l’Allemagne ;

– un seul prolétariat allemand, section du prolétariat mondial, une seule nation allemande ;

– liquidation des syndicats officiels en Allemagne de l’Est, droit à des organisations syndicales indépendantes, une seule DGB dans toute l’Allemagne ;

– élections libres dans toute l’Allemagne ;

– Constituante ;

– reconnaissance des partis dans le secteur Est de la nation allemande ;

– gouvernement d’unité des travailleurs et des organisations, qui maintenant devrait prendre le contenu du mot d’ordre : gouvernement SPD de l’Allemagne unifiée.

Résolution politique adoptée par le 34e congrès de la section française de la IVe Internationale.