Pourquoi Jeremy Corbyn et Zarah Sultana annoncent la fondation d’un nouveau parti politique
« En seulement deux semaines, plus de 700 000 personnes se sont inscrites » à ce nouveau parti, nous explique James Schneider, organisateur politique et membre de l’Internationale progressiste, signataire de l’appel « Pas un centime, pas une arme, pas une vie pour la guerre »
- Actualité internationale, Grande-Bretagne

Tu participes à la création d’un nouveau parti politique au Royaume-Uni. Peux-tu nous expliquer où en est ce processus ?
James Schneider : C’est un processus extrêmement enthousiasmant. Il y a environ quinze ou seize jours, Jeremy Corbyn et Zarah Sultana, deux députés britanniques avec d’excellentes positions politiques et un immense soutien populaire, ont annoncé que nous étions en train de fonder un nouveau parti politique au Royaume-Uni.
Et en seulement deux semaines, plus de 700 000 personnes se sont inscrites pour participer à ce processus. Nous n’avions pas vu une telle dynamique pour la création d’un nouveau parti depuis plus de cent ans, peut-être depuis la fondation du Parti travailliste (Labour Party) lui-même.
Ce nouveau parti ne vise pas seulement à représenter la majorité du peuple, mais à lui appartenir réellement, à être un véritable véhicule politique populaire.
Nous nous dirigeons maintenant vers une conférence fondatrice, probablement en novembre ou un peu plus tard dans l’année – les détails sont encore en cours de définition. Ce sera un processus profondément démocratique, ouvert et participatif, auquel tout le monde pourra prendre part pour définir quel type de parti nous voulons construire.
Depuis la création du Parti travailliste, il existe des liens forts avec les syndicats. Quelle est aujourd’hui la nature des discussions avec le mouvement syndical au Royaume-Uni autour de cette nouvelle opportunité ?
Pour comprendre les enjeux actuels, il faut revenir un peu en arrière. Il y a cent vingt ans, le pouvoir de la classe ouvrière progressait régulièrement, à travers les syndicats, mais aussi à travers tout un univers social autonome : les coopératives, les clubs de football, les fanfares, les bibliothèques populaires, les assurances santé mutualisées, etc. Cette puissance sociale avait besoin d’un relais politique : c’est ainsi qu’est né le Parti travailliste.
Mais la grande erreur fondatrice a été de permettre au groupe parlementaire (les députés du Labour) de fonctionner de manière relativement autonome vis-à-vis de la base militante et du mouvement ouvrier. Et c’est ce tiraillement constant entre une élite parlementaire absorbée par l’establishment, et une base en demande de transformations profondes, qui a façonné toute l’histoire du Parti travailliste.
Aujourd’hui encore, plusieurs grands syndicats sont affiliés au Labour. Mais leurs relations avec le gouvernement travailliste sont très mauvaises. Le gouvernement actuel poursuit une ligne de continuité avec les conservateurs, ce n’est absolument pas la rupture attendue par le mouvement syndical ou par la population. Dans ce contexte, de nombreux mouvements naissent au sein des syndicats pour s’opposer au soutien automatique au Parti travailliste et à ses politiques.
En parallèle, dans notre nouveau projet porté par Jeremy Corbyn et Zarah Sultana, des discussions sont en cours avec tous les niveaux du mouvement syndical, des délégués de terrain, jusqu’aux secrétaires généraux nationaux.
La nature future de cette relation n’est pas encore définie. Notre parti est en train de se former de la manière la plus démocratique possible, et ce sont les membres eux-mêmes qui décideront quelle relation entretenir avec les syndicats, à la fois au niveau national et au niveau local. Mais ce qui est certain, c’est qu’il y a un réel enthousiasme dans le monde syndical pour la naissance d’un parti qui défendra réellement les intérêts des travailleurs.
Comment les élites et les médias britanniques ont-ils réagi à ce succès populaire ?
C’est intéressant. Quand le parti Reform UK (le parti d’extrême droite de Nigel Farage) a vu ses adhésions augmenter, c’était traité comme une énorme nouvelle. Dans notre cas, bien que nous ayons atteint des chiffres impressionnants, cela n’a pas reçu la même couverture médiatique, même si 700 000 personnes, c’est considérable dans le contexte britannique.
Il y a évidemment un certain intérêt, car c’est un événement politique majeur, même pour ceux qui y sont opposés dans l’establishment. Mais la couverture reste relativement modeste, pour l’instant.
Cependant, ils ne pourront pas l’ignorer encore longtemps. La formation du parti, les prises de parole, les actions militantes… tout cela prendra une ampleur telle qu’ils devront prendre ce nouveau mouvement au sérieux.
D’ailleurs, on remarque que les interventions publiques de Jeremy Corbyn, ces derniers jours, ont reçu un peu plus d’attention médiatique, justement parce qu’un nouveau parti est en train de naître, et que cela changera le paysage politique britannique.
Jeremy Corbyn, Zarah Sultana et toi-même avez signé l’appel « Pas un centime, pas une arme, pas une vie pour la guerre ». Peux-tu nous expliquer pourquoi ?
Bien sûr, tout simplement parce que nous sommes opposés à la guerre et au génocide. Nous faisons partie – tout comme vous en France – d’un système impérialiste qui accroît le militarisme et la destruction à travers le monde, en particulier en Palestine.
Il ne suffit pas de s’opposer moralement à ces crimes, bien que ce soit évidemment nécessaire. Nous devons agir, car nos gouvernements sont complices : ils participent directement à ce processus de génocide et de destruction de vies humaines.
Nous vivons un moment crucial en Europe. Les États-Unis nous poussent à augmenter drastiquement nos budgets militaires, au nom de l’Otan.
Cela représente des profits gigantesques pour les fabricants d’armes américains, pendant qu’on nous dit qu’il n’y a plus d’argent pour les services publics, pour les aides sociales, les enfants, les personnes handicapées, les malades, etc. C’est pourquoi cet appel est absolument vital.
Il est urgent de reconstruire un mouvement contre le militarisme en Europe. Et nous devons transformer le mouvement massif et phénoménal contre le génocide en Palestine – que nous avons vu émerger ces deux dernières années – en un mouvement durable.
Un mouvement qui continuera jusqu’à la libération de la Palestine, et qui s’étendra à une transformation globale de nos rapports internationaux, pour sortir de la logique de guerre, du culte de la mort, et du profit fondé sur la destruction.
De nombreux mouvements naissent au sein des syndicats pour s’opposer au soutien automatique au Parti travailliste et à ses politiques. Dans notre nouveau projet porté par Jeremy Corbyn et Zarah Sultana, des discussions sont en cours avec tous les niveaux du mouvement syndical.
entretien réalisé le 8 août 2025
