Classes défense : « C’est désormais clair : c’est pour préparer nos enfants à la guerre »

Parents, enseignants sont inquiets depuis les annonces du chef d’état-major des armées aux congrès des maires, au moment où se multiplient les "classes Défense" dans les écoles. Nous donnons cette semaine la parole à Virginie, mère d’élève et à Soumya, syndicaliste enseignante.

Une classe défense en Normandie, le 20 novembre (vu sur X).
Par la rédaction d’IO
Publié le 27 novembre 2025
Temps de lecture : 3 minutes

Lors de la réunion de rentrée au collège de Pouilly-en-Auxois (21), les parents des élèves de quatrième ont découvert que des classes défense étaient implantées dans l’établissement. La mise en place de ce partenariat entre l’Éducation nationale et le ministère des Armées qui remonte à 2005 s’est grandement accélérée depuis que Macron a signé le « plan ambition jeunesse et armée » en 2022.

Rappelons que c’est dans ce cadre que plusieurs dérives graves ont eu lieu ces derniers mois, que des élèves ont été blessés, invités à utiliser la violence, à tenir des armes… (voir Informations ouvrières n° 884).

Inquiets de l’absence de réponses précises sur le contenu de ce projet au sein de leur collège, les parents se sont rapidement organisés.

Virginie : Dans un premier temps, on a voulu avoir plus d’informations car c’était plutôt flou, c’était la première fois qu’on entendait parler de ça.

On a écrit aux parents élus et au principal du collège et on a appris qu’un conseil d’administration extraordinaire s’était tenu en juin pour voter le principe sans qu’aucune explication concrète n’ait été présentée aux parents élus. Tout s’est fait dans une totale opacité.

On a fini par obtenir une réunion de présentation du projet que le principal a ouverte à tous les parents de 4e. Pour l’occasion, il était accompagné d’un lieutenant de la gendarmerie.

Nous avons été choqués par les propos de ce militaire qui a affirmé que « la guerre (était) aux portes du pays et qu’il (fallait) s’y préparer » …

Soumya : L’objectif était donc désormais clair : préparer les enfants à la guerre.

Virginie : Oui mais toujours aucune information concrète n’a été donnée quant aux activités proposées aux élèves à ce moment-là.

On nous a dit que ce partenariat financier avec l’armée permettait de payer des sorties scolaires. Mais les enseignants de ce collège ont toujours organisé des sorties et des voyages pour tous les niveaux de classe donc ce n’est pas un argument que l’on peut comprendre. J’ai aussi appris que les enseignants qui gèrent ce projet sont payés avec l’argent normalement destiné aux remplacements des profs absents. Voilà où passe l’argent de l’école.

Puis, progressivement, on en a appris un peu plus sur les activités : nos enfants participent à des conférences animées par des militaires à la place de certaines heures de cours. Par exemple, la dernière a eu lieu sur le devoir de mémoire, thème qui fait normalement partie du programme scolaire. Comme c’est sur le temps scolaire, on ne peut pas refuser qu’ils y participent.

On a interpellé la rectrice là-dessus. Ce dispositif devrait relever du volontariat, ce n’est pas du contenu scolaire donc ça ne devrait pas être obligatoire. La première sortie se fera dans un camp de concentration.

Nos enfants ont 13 ans, c’est jeune pour se confronter à un tel degré de brutalité. Je m’inquiète, est-ce que c’est l’armée qui va les préparer à cette sortie ?

Soumya : L’armée va également organiser un « rallye défense » qui consiste notamment à faire des jeux de rôle : fouille de cellule, CRS maîtrisant des manifestants…

Virginie : Il est apparu que finalement, seule une des deux classes de quatrième serait concernée. Ont-ils été gênés par nos questions ? En tout cas la classe de mon fils n’est plus concernée… Enfin, ils l’ont requalifiée en « classe citoyenneté et solidarité ». Mais je vais continuer à me battre contre cette classe défense avec le petit groupe de parents mobilisé parce que je ne veux pas de ça à l’école. On essaye d’informer très largement pour briser l’omerta qui s’est installée autour de ces classes défense.

On veut essayer de fédérer d’autres parents, à l’échelle du département, pour que ça ne se développe pas ailleurs et que ça s’arrête chez nous. À l’échelle de la France aussi : on va participer ce soir (le 25 novembre) au comité national de défense de l’école publique en visio pour alerter les parents et les profs avec lesquels on a été en lien pour nous opposer aux fermetures de classes l’année dernière.

On a aussi contacté les syndicats enseignants et la presse.

Soumya : Nous avons aussi pris la décision d’interpeller nos députés sur la question, particulièrement Bastien Lachaud, député insoumis spécialisé sur la question de la guerre. Nous avons aussi été conviés à intervenir sur les classes défense lors du rassemblement local pour le cessez-le-feu en Palestine.

Enfin, nous avons assisté au meeting international contre la guerre qui s’est tenu à Paris le 5 octobre qui a fait écho à tout ce que nous vivons dans le département avec cette volonté d’embrigader la jeunesse. De retour chez nous, nous en avons discuté avec ceux qui luttent à nos côtés contre les classes défense et contre la guerre, et nombre d’entre nous avons décidé de nous rendre à la manifestation internationale du 29 novembre.