De 1851 à nos jours, meetings à Londres

À L’occasion de la préparation du meeting international contre la guerre, à Londres, le 20 juin, notre camarade Jean-Marc Schiappa, historien, revient sur quelques conférences ouvrières internationales qui se sont tenues dans la capitale britannique aux XIXe et XXe siècles.

Lors du congrès de fondation de la Première à Londres (DR).
Par Jean-Marc Schiappa
Publié le 26 janvier 2026
Temps de lecture : 8 minutes

Le banquet de 1851

Traditionnellement, historiquement, la Grande-Bretagne est une terre d’accueil pour les réprimés politiques. Ce fut encore plus nettement vrai tout au long du XIXe siècle, quand les vagues réactionnaires s’abattaient sur le Vieux Continent. Après l’écrasement du « printemps des peuples » comme on a appelé la révolution européenne du printemps 1848, de nombreux militants se sont réfugiés à Londres. Parmi eux, on le sait, Marx mais aussi des démocrates français.

Ces derniers avaient envisagé de tenir un banquet pour fêter l’anniversaire de la révolution de 1848, banquet qui devait se tenir en février 1851 et dont l’objet, à peine caché, était de jeter un voile pudique sur les diverses responsabilités pendant la révolution de 1848, notamment comment, en France, les bourgeois du gouvernement provisoire et leurs alliés ont fait tirer sur les ouvriers en juin 1848 ; une opération consensuelle, « ne parlons pas de ce qui fâche », comme on en connaît bien trop souvent.

Le sang de Blanqui ne fit qu’un tour

Dans ce but, un nommé Barthélemy, à la réputation très douteuse (on le qualifiait de « voyou » et il fut mêlé plus tard à un projet d’attentat contre Marx), introduit dans les milieux militants, écrivit à Blanqui, emprisonné à Belle-Île après sa condamnation à dix ans de réclusion suite à la manifestation du 15 mai 1848 ; il lui demandait de rédiger un toast pour le banquet à venir en stipulant de ménager Louis Blanc « dont les intentions avaient été meilleures que les actes ». Pour quelles raisons ? Certainement, pour apparaître comme le marieur, l’unitaire, celui qui est au-dessus des querelles de tendances et de fractions (et qui est donc le pire des fractionnistes parce qu’il n’a pas de physionomie propre).

Barricades de la rue Soufflot (Paris, 5e arrondissement) lors des journées de juin 1848 (DR).

Le sang de Blanqui ne fit qu’un tour, il rappela l’écrasante responsabilité des socialistes à la Louis Blanc qui avaient permis l’écrasement dans le sang des révoltés ouvriers en juin 1848 ; ce texte resta dans l’histoire sous le nom de « toast de Londres » (lire ci-après).

Mais ce texte a une postérité. Les socialistes, de la tendance de Louis Blanc comme ceux de la tendance farouchement rivale de Ledru-Rollin, se mettent d’accord pour ne pas faire connaître le document. Ce sont de vrais démocrates ! Ils décident de ce qui doit être connu ou pas, ils ne s’appellent pas « socialistes » pour rien !

Cependant, le texte « fuite », comme on dit et circule dans la presse militante. Informés et totalement d’accord avec la stricte ligne de classe qui opposait Blanqui aux « démocrates socialistes », partisans de la collaboration de classe, Marx et Engels le font traduire en allemand et diffuser à 30 000 exemplaires.

Comme l’écrivait Blanqui, « que le peuple choisisse ! ». Indépendance de classe ou collaboration de classe. Une fois de plus, Londres était le révélateur des problèmes du prolétariat international.

« Le toast de Londres » d’Auguste Blanqui

« Quel écueil menace la (…)


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