Entre le PS et le gouvernement Lecornu, une « partition à quatre mains »

Selon le journal l'Opinion, un dîner secret à Matignon avec le PS, en octobre dernier, a « enterré la taxe Zucman ». Comble de cynisme, Olivier Faure tweete ces derniers jours : « Les maires socialistes seront les boucliers de la politique menée par le gouvernement. »

Boris Vallaud, Olivier Faure, Jérôme Guedj et François Hollande à l’Assemblée nationale, lors des débats sur le budget 2026, en novembre 2025. (AFP)
Par Gabriel Caruana
Publié le 12 février 2026
Temps de lecture : 3 minutes

Dîner secret

Le journal l’Opinion du 9 février nous apprend que le 26 octobre dernier avait eu lieu dans la grande salle d’honneur de Matignon un dîner secret qui aurait « enterré la taxe Zucman ». Sébastien Lecornu, Laurent Dominati et Amélie de Montchalin, côté gouvernement, et Olivier Faure, Boris Vallaud, Maxime Sauvage, Philippe Brun, Estelle Mercier, Jérôme Guedj et Sandrine Runel, côté PS, ont partagé un mets de poisson, un bar rôti.

Mais le plat de résistance, c’est la mise en place du scénario qui a abouti à ce que le PS sauve les budgets du gouvernement les semaines suivantes, y compris en acceptant de franchir « la ligne rouge » du 49.3. Petits arrangements, faux reculs, vrais renoncements ont été au menu et, selon le quotidien, l’assistance aurait eu « le sentiment étrange de jouer une partition écrite à quatre mains par Olivier Faure et Sébastien Lecornu ». Pas un détail ne manque, jusqu’à l’abstention des écologistes sur la loi de financement de la Sécurité sociale, troquée par le PS en échange de son soutien à la primaire. Même François Hollande en est admiratif…

Pour ces gens-là, la priorité, c’est le maintien en place du système, et leur propre survie. Ils n’ont que faire des conséquences de leur vote : casse des hôpitaux, des services publics, budget de guerre, suppressions de postes, gel des salaires, baisse des prestations sociales… Comble de cynisme, Olivier Faure ose même tweeter ces derniers jours : « Les maires socialistes seront les boucliers de la politique menée par le gouvernement. »

 

Suspensions chez les écologistes s’alliant avec LFI

Marine Tondelier participe également de ce double langage. Un coup, ses camarades députés votent la censure du budget, un coup, ils s’abstiennent sur le budget de la Sécurité sociale et dans une majorité de villes, dont Paris, sa formation se range derrière le Parti socialiste aux municipales. Une tribune de 600 militants conteste ce choix ? M. Tondelier s’engage dans la suspension de tous ceux qui se portent candidats avec la France insoumise. Lorsqu’elle est interrogée sur le sujet (Franceinfo, 6 février), elle s’en prend « à ceux qui passent leur temps à taper sur le Parti socialiste et la gauche », nommant la France insoumise, Sophia Chikirou et Sébastien Delogu. Ainsi, pour cette candidate à la présidence, mieux vaut ceux qui aident le gouvernement que ceux qui le combattent.

 

Sébastien Chenu (RN) pour un cordon sanitaire face à la France insoumise

Sébastien Chenu du RN lui aussi appelle à un « cordon sanitaire » face à « l’extrême gauche », visant explicitement LFI (Le Figaro, 9 février). Il ajoute : « Demain, on peut parler à d’autres mouvements politiques, et pas seulement à des gens qui viennent de la droite. »

Une prise de position de Stéphane Peu (PCF) qui détonne

Le 7 février, lors du meeting à Argenteuil (Val-d’Oise) pour soutenir la liste conduite par la France insoumise, le député PCF de Seine-Saint-Denis Stéphane Peu, aussi président du groupe parlementaire GDR, est venu soutenir les communistes qui ont fait le choix de s’unir avec la France insoumise : « Dans la période dans laquelle nous sommes avec la crise du capitalisme tel qu’il est, il n’y a pas d’autre choix raisonnable pour proposer une véritable rupture avec ces politiques. » Voici une prise de position qui détonne fort heureusement avec les alliances avec le PS propulsées par la direction du Parti communiste à Paris, Lyon, Marseille et dans la plupart des grandes villes.

Il poursuit : « Depuis 2017, j’ai fait les comptes, le groupe de la France insoumise et les députés communistes à l’Assemblée nationale, ça fait neuf ans qu’on combat ensemble la politique d’Emmanuel Macron, et tenez-vous bien, nous avons voté ensemble de la même manière 98 % des textes qui nous ont été soumis. Comment imaginer quelle serait la sincérité d’une parole ou d’un acte politique qui consiste à voter ensemble à l’Assemblée nationale et à nous diviser ensuite ? »

Il termine par cette mise au point : « On entendait à l’extrême droite, on entendait chez les macronistes, mais maintenant on entend aussi à gauche des gens qui considèrent la France Insoumise comme le diable en personne. (…) Ne soyons pas dupes, ceux qui, dans les médias et dans la classe politique, veulent ostraciser La France insoumise, c’est pour mieux banaliser le Rassemblement national. » Bien dit !