Qu’est-ce qui permet à ce gouvernement à bout de souffle d’avancer ?

Le Premier ministre annonce d’ores et déjà un train de « réformes » : loi sur la sécurité, projet de réforme pénale, loi d’urgence agricole, projet d’allocation sociale unique...

Sébastien Lecornu et son gouvernement à l'Assemblée nationale, lors des questions au gouvernement, le 10 février 2026. (AFP)
Par Gabriel Caruana
Publié le 15 février 2026
Temps de lecture : 2 minutes

Sébastien Lecornu vient de signer deux décrets à valeur hautement symbolique car ils répondent aux exigences du Rassemblement national : la réforme de l’aide médicale d’État (AME). 180 millions d’économies (au prétexte de lutte contre la fraude) et un échange de fichiers entre l’administration et les consulats des pays que fuient les migrants !

Le Premier ministre ne compte pas s’arrêter à ces mesures nauséabondes et annonce d’ores et déjà un train de « réformes » : loi sur la sécurité, projet de réforme pénale, loi d’urgence agricole, projet d’allocation sociale unique. Pas étonnant que dans cette situation, le Medef se sente tout permis en proposant un CDI jeunes, machine de guerre contre tout le Code du travail.

Qu’est-ce qui permet à ce gouvernement à bout de souffle d’avancer ainsi au pas de charge sinon les dîners secrets, arrangements et renoncements des dirigeants du PS ? Mais que se passe-t-il du côté des organisations syndicales dont la fonction originelle serait d’organiser la mobilisation contre ces projets ?

Le 31 janvier, le syndicat Alliance organise une manifestation « pour soutenir la police ». On y trouve au premier rang les figures d’extrême droite Sarah Knafo et Marion Maréchal et au rang suivant, Frédéric Guyonnet, dirigeant de la CFE-CGC à laquelle Alliance est affiliée. Et c’est la même CGC qui sera représentée quelques jours plus tard, aux côtés de la CFDT, au meeting organisé par la CGT contre la répression syndicale.

Faut-il s’en étonner ?

Jusqu’en 2027 ? rien n’est moins sûr

Tous siègent comme un seul homme à la conférence sociale Travail-Emploi-Retraites dont le ministre Jean-Pierre Farandou a fixé l’objectif : « Le sujet social majeur du moment, ce sont les retraites. (…) Il faut travailler à l’acceptabilité de travailler davantage. » Il faut donc à tout prix aider le gouvernement à se maintenir et préparer le terrain à la réforme des retraites par points, et à l’introduction de la capitalisation, dont le Medef (comme la CFDT) est un chaud partisan.

Quitter la conférence, c’est la position de nombreuses structures syndicales. Mais au lieu de répondre à ces attentes, les dirigeants décident d’y rester coûte que coûte, au risque du ridicule. Ainsi Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT, va jusqu’à dénoncer la « radicalité patronale » du Medef qui « sécessionne » en refusant d’y aller « alors que tous leurs homologues patronaux ont participé » (Franceinfo, 31 janvier 2026).

Alors que le budget d’austérité et de guerre adopté grâce au PS pénalise lourdement les salariés et la population, les dirigeants des organisations syndicales, chacun à leur façon, tout à leurs calculs, se préoccupent d’être un pilier de la stabilité. Et ils se contentent, ici ou là, de communiqués manifestant leur impuissance. Les motions de congrès, qui devraient conduire à appeler à la mobilisation, restent lettre morte.

Réussiront-ils à maintenir cette pression jusqu’en 2027 ? Si on regarde la réalité quotidienne, l’exacerbation des tensions, le refus massif de la guerre, la condamnation ultramajoritaire du génocide en Palestine, les premières mobilisations contre le budget Macron-PS, rien n’est moins sûr.