500 000 manifestants à Londres
Le 28 mars, contre la guerre, contre l’extrême droite, des centaines de milliers de personnes ont manifesté. La parole à Lindsay German, cofondatrice de la coalition Stop the War, qui coorganise le meeting international contre la guerre, le 20 juin, à Londres.
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Une grande manifestation s’est déroulée samedi 28 mars à Londres, tu peux nous en parler ?
Lindsay German : Oui, c’était une très grande manifestation. Les organisateurs parlent d’environ 500 000 personnes. C’était massif. Il y avait une forte présence syndicale, ce qui est assez inhabituel.
Dans le mouvement pour la Palestine, nous avons du soutien syndical, mais pas forcément beaucoup de sections locales avec des banderoles. Cette fois, il y avait vraiment beaucoup de syndicalistes.
Nous avions un grand contingent pro-Palestine et antiguerre, avec notre propre marche qui a rejoint la manifestation principale. Il y avait aussi des organisations antiracistes, des associations de réfugiés, des ONG, des associations caritatives, beaucoup de forces différentes mobilisées.
C’était extrêmement encourageant, surtout parce que l’année dernière, Tommy Robinson (un des leaders de l’extrême droite britannique) avait organisé une manifestation historique très importante dans les rues de Londres. Les fascistes avaient réussi à encercler la contre-manifestation antifasciste, ce qui avait été une très mauvaise journée pour les antiracistes.
À partir de là, nous avons décidé de construire une large alliance regroupant toutes ces forces. Et hier a montré que cela fonctionnait : nous étions beaucoup plus nombreux que Robinson. C’est une victoire importante dans la lutte contre l’extrême droite.
Combien de personnes avaient participé à la manifestation de Tommy Robinson ?
Il parlait de 150 000, mais je pense que c’était peut-être jusqu’à 200 000. C’était très important et assez choquant à Londres, qui est perçue comme une ville antiraciste. Mais la manifestation d’hier était bien plus grande, et surtout beaucoup plus représentative des syndicats.
Par exemple, lors du rassemblement de Robinson, l’orateur principal était Elon Musk, alors que chez nous c’étaient des syndicalistes, des députés travaillistes, des députés écologistes, etc. Le contraste était très fort.
Sur quoi portaient les discours des syndicalistes ?
Principalement sur la lutte contre le racisme. Il y a souvent un discours sur l’unité et le rassemblement des gens au-delà des différences, ce qui est important, mais parfois un peu limité. Les dirigeants syndicaux parlent souvent en ces termes. Cependant, Paul Nowak, le dirigeant du TUC, a fait un bon discours.
Il a expliqué que ceux qui soutiennent l’extrême droite sont des criminels et des milliardaires, en évoquant des figures comme Farage. Il a affirmé que les travailleurs migrants ont construit ce pays et ne doivent pas servir de boucs émissaires.
En général, les dirigeants syndicaux évitent de parler de la guerre ou de la Palestine, qu’ils jugent être des sujets plus controversés. Mais globalement, il y a eu de bons discours.
Nous avions trois intervenants du mouvement pour la Palestine sur la scène, ainsi que des prises de parole au début de notre marche. Nous avons tous insisté sur le lien entre racisme, guerre au Moyen-Orient et génocide à Gaza.
Les gouvernements européens autorisent les États-Unis à utiliser leurs bases pour bombarder l’Iran. Qu’en est-il au Royaume-Uni ?
C’est la même chose ici. Starmer a autorisé l’utilisation de la base de RAF Fairford, qui peut accueillir des bombardiers lourds comme les B-1 et B-52, utilisés pour bombarder l’Iran. C’est très impopulaire. La guerre est très impopulaire.
Il y a de plus en plus d’appels à fermer les bases américaines en Grande-Bretagne, car certaines sont en réalité contrôlées par les États-Unis. Il y a aussi la question de Chypre. Les bases britanniques comme Akrotiri sont sous juridiction britannique, même si elles sont situées à Chypre. Les Chypriotes n’ont aucun contrôle dessus.
Quelles sont les prochaines étapes ?
Le problème immédiat, c’est le 16 mai. Tommy Robinson appelle à une nouvelle manifestation à Londres, le même jour que notre marche annuelle de la Nakba, qui commémore la catastrophe de 1948 pour les Palestiniens. La police lui a accordé l’accès au centre de Londres, Parliament Square, Trafalgar Square, Whitehall, sans encore nous donner d’itinéraire.
Cela revient à vouloir chasser le mouvement pro-Palestine du centre-ville. Il y a une forte contestation de cette décision. Nous maintiendrons la marche de la Nakba et nous mobiliserons massivement pour nous opposer à Robinson.
Il y a aussi des élections importantes en mai au Royaume-Uni. Le parti Reform (Farage) pourrait progresser, et il est crucial d’empêcher cela. Enfin, nous devons construire des structures locales à partir du succès d’hier pour renforcer la présence antiraciste.
Comment avance la préparation du meeting du 20 juin ?
C’est un point très important. Avant même la conférence de Paris, nous constations déjà la militarisation croissante en Europe. Depuis, la situation s’est encore aggravée : Venezuela, Cuba, Groenland, et maintenant l’Iran. Le Washington Post indique que le Pentagone envisage d’envoyer des troupes au sol en Iran.
Cela pourrait devenir un échec majeur pour les États-Unis, comparable au Vietnam, car la guerre aérienne ne fonctionne pas et risque d’entraîner une escalade. La conférence du 20 juin est donc essentielle pour rassembler toutes ces questions.
C’est un argument très important, et je suis sûre que c’est la même chose ailleurs en France et dans d’autres pays. Bien sûr, il peut y avoir une opposition libérale au racisme, qui consiste à dire que c’est une mauvaise chose et que tout le monde doit être traité de manière égale.
Mais si l’on regarde le racisme et l’islamophobie aujourd’hui, ils sont de plus en plus liés à la politique étrangère, à la question palestinienne, à la situation au Moyen-Orient de manière générale, et à la nature même des guerres impérialistes, parce que le racisme et la guerre sont intimement liés. C’est un point central à défendre lors de la conférence.
