AFRIQUE : Une conférence contre la guerre et l’impérialisme

Nous publions ici la suite des interventions à la conférence contre la guerre et l’impérialisme, pour la souveraineté des peuples, qui s’est tenue le samedi 11 avril à l’appel de militants de 15 pays africains.

Dans une manifestation contre la guerre au Moyen-Orient à Johannesburg, le 17 avril. « Pas de charbon d’Afrique du Sud pour les génocidaires israéliens. » (DR)
Par Correspondants
Publié le 15 mai 2026
Temps de lecture : 3 minutes

Pour retrouver la première partie de notre compte-rendu : https://infos-ouvrieres.fr/2026/04/27/afrique-une-conference-contre-la-guerre-et-limperialisme-pour-la-souverainete-des-peuples/

« Nous avons du pétrole, et des pressions s’exercent déjà au quotidien »

Intervention de Mamadou Drame, secrétaire général de l’Union des syndicats démocratiques du Sénégal (USDS) (extraits)

« Le monde du travail a besoin de se souder. Le monde ouvrier, en particulier, a aujourd’hui du mal à faire face à un impérialisme qui se métamorphose au quotidien. Cet impérialisme peut être économique ou politique, mais lorsqu’il en vient à verser le sang, nous devons nous battre contre lui. Sa logique consiste à créer davantage de problèmes pour mieux exploiter leurs impacts, nous soutirer économiquement et asseoir ses intérêts partout où ils se trouvent menacés.

Le Sénégal ne sera pas épargné. Nous avons du pétrole, et des pressions s’exercent déjà au quotidien. Nous avons certes créé les conditions politiques d’un nouveau départ avec le peuple sénégalais, mais les mêmes logiques capitalistes sont à l’œuvre dans toute la sous-région. Cette synergie d’ensemble me semble fondamentale. »

« À qui profitent ces richesses ? Pas aux travailleurs »

Intervention de Kane Abdoul Wahab, secrétaire général de l’Union des syndicats libres de Mauritanie (USLM) (extraits)

« La Mauritanie regorge de richesses immenses. En 2023, nos exportations ont atteint 4,8 milliards de dollars : l’or représente 34,8 % du total, le minerai de fer 33,7 %, les poissons et mollusques 11,5 %. Et pourtant, 40 % de notre population vit sous le seuil de pauvreté. À qui profitent ces richesses ? Pas aux travailleurs. (…)

La mine de Tasiast, propriété du groupe canadien Kinross, a produit 620 000 onces d’or en 2023, soit 17,6 tonnes. C’est la plus grande mine d’or du pays. Mais que revient-il aux écoles et aux hôpitaux de la région ? Rien.

L’accord de partenariat avec l’Union européenne autorise sa flotte à pêcher 287 050 tonnes par an dans nos eaux : crevettes, poissons démersaux, petits pélagiques. L’accord actuel court jusqu’en novembre. Seulement 450 emplois ont été créés pour les marins mauritaniens. L’Union européenne interagit peu avec l’industrie locale, malgré ses obligations contractuelles. »

« Au Maroc, de nombreuses mobilisations sont en cours »

Comité de rédaction du journal Al Oumalyia (Informations ouvrières) (Maroc) (extraits)

« L’agression brutale contre l’Iran et le Liban a démontré que les bases militaires impérialistes sont un facteur permanent de guerre et de tension, et qu’elles constituent une violation flagrante de la souveraineté des nations. Cela doit nous inciter à consolider la victoire remportée par les peuples du Niger, du Mali et du Burkina Faso, qui ont démantelé ces bases et expulsé les forces françaises. Le démantèlement et l’expulsion des bases militaires étrangères doivent devenir une priorité dans notre lutte contre la guerre, afin de fortifier la souveraineté de nos pays.

L’impérialisme tente aujourd’hui de résoudre sa crise en prolongeant les guerres pour faciliter le pillage des richesses minières. Notre continent n’est pas à l’abri. Il est donc nécessaire d’organiser la résistance de nos peuples, de contrer toute tentative d’attiser les tensions et de déclencher des guerres entre pays et peuples frères. Cela passe par le renforcement des liens de fraternité et de respect mutuel, et par le rejet de toute ingérence étrangère.

Parmi les tâches concrètes figure également la lutte pour l’abrogation des accords de libre-échange avec l’Union européenne et les États-Unis, et pour contrer les guerres sociales menées contre nos classes laborieuses à travers l’aggravation de la dette extérieure. Au Maroc, de nombreuses mobilisations sont en cours : lutte contre la normalisation avec l’entité sioniste, luttes de la jeunesse, des travailleurs et du peuple pour les droits sociaux et contre la guerre sociale menée par le gouvernement.

Nous attendons de cette conférence continentale qu’elle soit l’occasion de formuler des formes de coordination pour nos initiatives de résistance – contre la guerre, contre l’impérialisme, pour la souveraineté de nos nations. Vive la solidarité et la fraternité entre nos peuples ! À bas la guerre et l’impérialisme ! »

« Lorsqu’il se passe quelque chose au Mali, au Burkina ou au Niger, nous en entendons parler, mais cela s’arrête là »

Intervention d’Ibrahima Mbissane Nachirou, secrétaire général du Syndicat des travailleurs du commerce et activités rattachées du Sénégal (SYTRACARS) (extraits)

« Ce que nous devrions faire, c’est rassembler toutes les organisations du monde du travail, à l’échelle nationale et internationale, pour constituer ensemble une seule force, une véritable tête de pont capable de résoudre les problèmes auxquels nous faisons face. De manière dispersée, nous ne pourrons pas y arriver.

Le capitalisme mondial est un capitalisme unifié, dirigé par une minorité qui dispose derrière elle de nombreux pays – c’est pourquoi il a cette puissance. Face à cela, il faut ce qu’on peut appeler la déconstruction : déconstruire pour ensuite reconstruire ailleurs, à partir du tissu social et culturel, surtout dans le contexte de la mondialisation.

L’union ne doit pas rester un mot – elle doit se traduire dans les actes. Il faut faire en sorte que toutes les organisations, toutes les forces de gauche, se réunissent et forment un seul bloc. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons venir à bout de cette situation.

La preuve en est que lorsqu’il se passe quelque chose au Mali, au Burkina ou au Niger, ici au Sénégal nous en entendons parler, mais cela s’arrête là – aucune action concrète ne vient appuyer les forces de gauche dans ces pays. C’est une réalité qui nous fait mal et que nous regrettons profondément. »