« Si on continue comme ça… » (Revue de presse)

« Si on continue comme ça, un jour viendra peut-être où vous ne maitriserez plus les chose », a lancé Henri Guaino, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, sur le plateau de BFMTV. Il n'est pas le seul, dans la grande presse, à s'alarmer de la révolte qui gronde.

Le ministre Pap Ndiaye chahuté par des centaines de manifestants à la Gare de Lyon à Paris, le 24 avril (photo Elmo Pinto / NurPhoto via AFP)
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Publié le 26 avril 2023
Temps de lecture : 3 minutes
Le Monde, 23-24 avril : « Un an après sa réélection, Macron seul face à la foule. »

« La nuit tombe sur le palais de l’Elysée. Ce lundi 27 mars, une vingtaine de conseillers et collaborateurs du chef de l’Etat sont conviés pour un dîner de travail (…). Emmanuel Macron anticipe qu’une décision favorable du Conseil constitutionnel, attendue le 14 avril, va raviver les flammes de la colère. (…) Il faut agir (…) : retourner sur le terrain pour aller au-devant de l’éruption qu’il a lui-même contribué à créer. A l’approche du 24 avril, premier anniversaire du début de son second quinquennat, le président de la République a une hantise : laisser croire qu’il est “bunkérisé”, empêché par une crise sociale à l’issue incertaine. (…). Emmanuel Macron apparaît aujourd’hui seul face à la foule. (…) Après six années à l’Elysée, il lui faut pourtant repartir en campagne. “J’avance”, a-t-il résumé depuis l’Hérault, le 20 avril, tandis que, dans son dos, résonnait le bruit des casseroles. »

Le Figaro, 25 avril : « Derrière l’impopularité de Macron, une autre Ve République apparaît » (interview du politologue Jérôme Jaffré.)

« Derrière l’impopularité de Macron, une autre Ve République apparaît. Il (Macron, Ndlr) a plutôt aggravé la crise. Parmi les fonctions qu’il doit remplir, il y a celle d’être le garant de l’unité nationale, de la cohésion sociale et de la paix civile. Tous rôles inoccupés et même contre-occupés depuis des mois. En conséquence, il y a une focalisation de toutes les hostilités sur sa personne.

« Ni le gouvernement ni la majorité ne le protègent. Il n’a d’autre protection que policière. Tout cela peut à terme déboucher sur une vraie crise démocratique où au rejet du pouvoir s’ajouterait un rejet des institutions (que l’on entrevoit déjà sur l’usage du 49.3), en particulier dans les jeunes générations. »

Henri Guaino, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy (BFMTV, 24 avril) : « Il ne faut pas jouer avec le feu »

« Une bonne partie des Français souhaite que le pouvoir recule (…). On est en train de délégitimer la Ve République et on prend le risque de la perdre en route. (…)

Si on continue comme ça, un jour viendra peut-être où vous ne maitriserez plus les choses, et à ce moment-là, je ne suis pas sûr qu’on triera très facilement les gens sur les plateaux de télévision parce que peut-être que les gens les prendront, les plateaux de télé. Vous savez, on croit que ça ne peut plus nous arriver… mais si, ça peut nous arriver !

Et c’est pour ça qu’il ne faut pas jouer avec le feu. (…) L’unité de la nation est entre les mains du président de la République. C’est son rôle. Il n’est pas obligé de rester. »

Le Monde, idem : « Le pays est dans un état de cohabitation » (Interview de Xavier Bertrand, président Les Républicains de la région Hauts-de-France)

« (Emmanuel Macron) doit reconnaître qu’en l’absence de majorité absolue, il est dans un état de cohabitation. S’il ne le fait pas, il n’aura que deux possibilités : la dissolution ou la poursuite de la méthode du texte par texte, qui est vouée à l’échec, car le débauchage ne fonctionne pas. Sans changement, notre pays est condamné, pour l’instant, à faire du surplace… Et, d’ici cent jours, il ne peut rien se passer. (…)

On est dans une vraie situation de risque. Vous avez vu la violence des réactions quand le président se déplace ?

La France ne peut pas tenir quatre ans comme cela, car vous aurez soit la paralysie, soit pire encore, les violences, les menaces, les intimidations, le désordre. Des élus menacés. L’Elysée, Matignon et le Conseil constitutionnel bunkérisés. »

Les Echos, 25 avril : « Le président des casseroles » (par Jean-Marc Vittori)

« Depuis la promulgation de la loi portant l’âge de la retraite à 64 ans, ses opposants tapent sur des casseroles pour dire leur mécontentement dès que le président ou l’un de ses ministres se déplace près de chez eux. La méthode est plutôt bon enfant. (…). Rions un peu, donc. Mais pas trop longtemps. Car ces concerts ont engendré un réflexe inquiétant. Et ils s’inscrivent dans une tendance générale de démolition.

Le réflexe inquiétant, c’est l’autoritarisme. Il est pour le moins étrange que des préfets interdisent des rassemblements casseroliers pendant une allocution télévisée. Il est préoccupant que l’un d’entre eux invoque une loi contre le terrorisme, votée en pleine épidémie de Covid, pour interdire les fameux “dispositifs sonores mobiles”. Il n’est pas rassurant de voir les forces de l’ordre surinterpréter pareille interdiction.

Dans pareil climat, une dérive autocratique, qui paraissait impensable avec un président libéral, ne semble plus impossible. D’autant plus que ce président donne de plus en plus souvent l’impression de se replier sur ses certitudes. Puis la tendance générale : la démolition. Les trois pouvoirs sont concernés (exécutif, législatif, judiciaire, Ndlr). Cette délégitimation générale des institutions de la République (…) risque de profiter à celles et ceux qui rêvent de faire basculer le pays dans l’illibéralisme. »