Ils voudraient sauver le soldat Macron

Etrange photo de famille à la une du journal  Libération ce mardi 12 septembre: quatre députés et une sénatrice posent tout sourire.

En Une de Libération, le 12 septembre.
Par Bruno Ricque
Publié le 14 septembre 2023
Temps de lecture : 3 minutes

Celui qui mène le bal est Sacha Houlié, macroniste de la première heure, président de la commission des lois à l’Assemblée nationale, avec Stella Dupont, macroniste pur jus, puis Fabien Roussel, secrétaire général du PCF, Julien Bayou (EELV), et Marie Pierre de la Gontrie, sénatrice PS.

Ils sont tout sourire car Libération publie leur déclaration transpartisane signée aussi par 30 autres élus (macronistes, PCF, PS, EELV, Liot) portant sur l’immigration.

Remarquons que Faure, secrétaire général PS, et Tondelier, secrétaire générale EELV, ne l’ont pas signée.

Libération  nous explique comment l’opération a été montée autour de Sacha Houlié.

Les réunions transpartisanes ont commencé le 9 mars. Rappelons-nous, les 7, 8 et 9 mars, les salariés, avec toutes les confédérations, en-gageaient leurs forces pour mettre le pays à l’arrêt par la grève et les blocages, afin d’obtenir le retrait du projet retraites de Macron, et empêcher son vote à l’Assemblée… Pendant ce temps, les macronistes réunissaient des députés « transpartisans » dans un bistrot proche de l’Assemblée.

Libération nous apprend que c’est Maryline Poulain, ancienne responsable CGT qui a joué les entremetteuses pour réunir tout ce beau monde. Depuis Macron a remercié Marilyne Poulain en la nommant préfète.

Pourquoi cette déclaration commune sur l’immigration ? 

Macron, président minoritaire, a engagé depuis des semaines des manœuvres pour sortir de son iso-lement, dans le pays, et aussi auprès des députés. Pour cela, il a décidé, avec Darmanin, de déposer un projet de loi sur l’immigration.

Ce projet de loi, qui est annoncé comme brutal contre les migrants et les réfugiés, comportera un ar-ticle 3 pour répondre à une de-mande constante du patronat. L’article 3 organisera la venue provisoire donc précaire, et à des conditions drastiques de main-d’œuvre immigrée, que le patronat demande à pouvoir surexploiter dans certains métiers (appelés métiers en tension).

Les députés LR, engagés dans une surenchère avec Le Pen contre les immigrés, se font tirer l’oreille pour voter l’article 3.

Macron, par l’entremise de Sacha Houlié a obtenu la déclaration transpartisane qui lui laisserait plu-sieurs options:

– Faire voter sa loi anti-immigrés par une partie des députés PCF, PS, EELV et Liot.

– Peser sur LR pour obtenir leur laisser passer à l’Assemblée.

– Utiliser le 49.3 en s’assurant que certains députés PCF, PS, EELV, et Liot ne votent pas la motion de censure. Ce qui fait dire à Sacha Houlié : « Allons-y pour un 49.3 populaire ! ».

Cette manœuvre lamentable, digne de la Ve République qui sent de plus en plus mauvais, n’a qu’un seul objectif: il faut sauver le soldat Macron. Ceux qui pratiquent ces manœuvres expliquaient aux Amfis de LFI que la radicalité de LFI faisait obstacle à l’unité.

L’unité avec Macron sur le dos des plus exploités de la classe ouvrière ?

Honte à ceux qui participent à ces manœuvres !

 

« Cela peut-il durer ? » (éditorial du Figaro)

Le Figaro, propriété du groupe Dassault et défenseur du patronat, s’inquiète que dans le pays le président Macron, « suscite une animosité d’une violence extrême ». Le Figaro ne nous parlera pas de l’extrême violence déchaînée par Macron contre les Gilets jaunes, les manifestant la jeunesse…

Mais l’éditorial du 12 septembre, constate que le président va de crise en crise, et souligne : « Faute d’une majorité absolue sur laquelle il peut s’appuyer pour agir, il est obligé de ruser, de composer, de slalomer entre les obstacles pour faire aboutir ses réformes et éviter à son gouvernement une fatale motion de censure ».

Le Figaro craint une chute prochaine suite à un 49.3, et constate que la rencontre de Saint-Denis, réunissant les chefs de partis autour de Macron est déjà oubliée.

Le quotidien conclut : « Depuis un an, c’est un président en sursis, sur la corde raide, qui dirige la France ». B. R.