Le « réarmement de la nation » selon Macron

Au cœur de l'allocution du 31 décembre d'Emmanuel Macron, , « le réarmement de la nation » a été décliné à toutes les sauces : « civique », « industriel », « économique ». Il a même osé le « réarmement de l’Etat et des services publics » !

Le 14 juillet 2021 (photo Xose Bouzas / Hans Lucas via AFP)
Par Rosalie Albani
Publié le 4 janvier 2024
Temps de lecture : 3 minutes

Le président de la République Emmanuel Macron a présenté ses « vœux » à la nation dans la soirée du 31 décembre. Une fois de plus, le ton et l’attitude de Macron auront été insupportables pendant son allocution, mélange d’autosatisfaction et de mensonges que plus personne ne peut supporter.

Au cœur de son discours, « le réarmement de la nation » a été décliné à toutes les sauces : « civique », « industriel », « économique ». Il a même osé le « réarmement de l’Etat et des services publics ». Dans la réalité, c’est 26 000 lits supprimés depuis 2017, près de 10 000 postes d’enseignants supprimés à l’école !

En fait, le seul et vrai réarmement, c’est le réarmement militaire. « Nous avons aussi, en 2023, voté pour les années à venir des lois historiques pour nous protéger. Loi historique pour nos militaires : en une décennie, le budget de nos armées aura ainsi été doublé. »

Encore et toujours la guerre au cœur de la politique menée par Macron. Merci le 49.3 (ou plutôt les 49.3 : vingt-trois recours en 18 mois pour Macron et Borne) qui aura permis à Macron et Borne de faire passer une augmentation du budget de l’armée « sans précédent », dixit l’entourage du ministre des Armées Lecornu (3,3 milliards d’euros, ce qui correspond aux… 3,5 milliards d’euros en moins dans le budget de la Sécurité sociale).

Programme de guerre

Bref, des vœux qui sentent la poudre et le sang. Un véritable programme de guerre contre les travailleurs, leurs droits, leurs acquis sociaux. Au 1er janvier, tout continue d’augmenter, les prix, comme les profits des actionnaires. Mais pas les salaires.

Cette volonté de Macron de maintenir le cap des « réformes » au compte du capital financier provoque, dans plusieurs secteurs, des grèves « inopinées » souvent massives, sur les revendications salariales. Dernier exemple en date, celle des salariés d’Eurotunnel. Profitant du contexte favorable de la veille des départs de Noël, ils se sont mis en grève pour exiger le triplement de leur prime. Conséquence : le tunnel sous la Manche a été totalement fermé jeudi 21 décembre après-midi, provoquant la panique dans la direction du groupe. Mais aussi au gouvernement, puisque le ministre des Transports, Clément Beaune, a dû intervenir. Résultat : en quelques heures de grève, les salariés ont obtenu satisfaction sur leur revendication. A méditer…

« Ambiance crépusculaire en macronie » (Le Monde)

Minoritaire dans le pays, à l’Assemblée, Macron est confronté à une crise politique majeure particulièrement visible à l’occasion de la séquence sur sa loi immigration tout droit sortie des programmes électoraux du Rassemblement national. « Ambiance crépusculaire en macronie (…). Après six ans d’un pouvoir sans partage, Emmanuel Macron, qui connaissait la contestation dans la rue (Gilets jaunes, réforme des retraites…), se voit désormais bousculé dans son propre camp. C’est un tournant », constate Le Monde le 22 décembre dernier.

« Le 11 décembre, le président se heurte au mur du réel : une motion de rejet frappe le projet de loi sur l’immigration, contrariant la tactique mise en place, faute de majorité absolue au Parlement. Depuis juin 2022, il contourne cet obstacle avec des accords texte par texte, prenant des chemins de traverse pour se mettre au cœur des débats (conseil national de la refondation, rencontres de Saint-Denis, promesse d’un rendez-vous avec la nation en janvier) (…). Il sous-estime le rejet de sa personne », insiste L’Opinion le 21 décembre.

Le Conseil des ministres prévu initialement le 3 janvier a été reporté par Macron à la semaine suivante. Depuis, les rumeurs de remaniement vont bon train sur un possible départ de Borne ou des ministres ayant menacé de démissionner après l’adoption de la loi immigration.

Derrière Biden et Netanyahou

Et pendant ce temps, Macron continue de s’aligner derrière Biden et Netanyahou malgré le vote favorable de la France d’une résolution à l’Onu demandant un « cessez-le-feu humanitaire immédiat » aux côtés de 153 autres pays (le 12 décembre dernier). Dans ses « vœux », le mot Palestine ou Palestinien n’est pas prononcé. Pas une seule condamnation des crimes de guerre de l’armée israélienne. Pas un mot sur la demande de cessez-le-feu immédiat.

Alors que pendant ces deux dernières semaines marquées par les fêtes de fin d’année, Tsahal s’est livrée à un véritable déluge de feu sur les populations palestiniennes : lourdes frappes aériennes larguées sur des camps de réfugiés, des écoles… C’est un véritable massacre. Cela suscite l’indignation et de nombreuses réactions en France mais aussi partout dans le monde. Durant ces deux dernières semaines, pas un jour sans une manifestation massive (comme au Yémen, aux Etats-Unis ou à Bruxelles), un rassemblement ou une initiative pour exiger le cessez-le-feu immédiat et définitif, l’arrêt des massacres.

Sur toutes ces questions qui angoissent ou qui font enrager, il reste à remarquer l’attitude peu en phase avec cet état d’esprit des grandes centrales syndicales. Comme s’il s’agissait d’une situation ordinaire et habituelle, se succèdent communiqués a minima, journée d’action européenne, action d’une journée en discussion…

Bref, une sorte de routine où l’on détourne même parfois pudiquement les yeux face aux terribles réalités ici et dans le monde. A continuer ainsi, ils finiront par concourir à pousser tout le monde à autre chose. La grève des salariés d’Eurotunnel en est la meilleure illustration. Mais ce n’est pas la seule probabilité…