Les résultats des élections du 9 juin en Europe et la guerre

Dans les élections du 9 juin, s’est exprimé dans toute l’Europe, d’une manière ou d’une autre, le refus de l’escalade guerrière et le refus du génocide à Gaza. Eclairages en Allemagne, en Belgique, et dans les pays scandinaves.

40 000 personnes à Bruxelles, le 19 mai, lors de la manifestation européenne pour la Palestine (Correspondant).
Par Bruno Ricque
Publié le 14 juin 2024
Temps de lecture : 5 minutes

Les gouvernements et les coalitions politiques les plus engagés pour la guerre et en soutien à Netanyahou sont sanctionnés, lourdement.

La condamnation des gouvernements va-t-en-guerre est particulièrement nette en Allemagne, en France, en Belgique, en Suède…

Pourtant, propagande, calomnies infâmes, répression, ont été incessantes pendant des mois pour tenter de ranger les partis et les électeurs du côté de la guerre en Ukraine et du côté des crimes de Netanyahou. Et la plupart des dirigeants de partis, même dits de gauche, se sont alignés sur la barbarie impérialiste, les fabricants d’armes, et le massacre des peuples.

Macron, une fois de plus a tenu le pompon dans l’infamie, en déclarant le 7 juin, aux côtés de Zelensky : « On connaît le camp des pacifistes, c’est celui des capitulards ». Alors que la guerre en Ukraine a déjà fait 500 000 victimes, Ukrainiens et Russes, militaires et civils, dans une même boucherie atroce, le prétendu « courage » de Macron, c’est d’agir pour que cela continue, c’est d’envoyer toujours plus de jeunes mourir au front, pour une guerre qui ne rapporte qu’aux oligarques, aux multinationales, et à l’industrie d’armement.

De son côté, le président des États-Unis, Joe Biden, a mis tout son poids en faveur de la guerre en passant cinq jours en France. Rien n’y a fait. Macron le va-t-en-guerre a été sanctionné. Vous lirez ci-dessous comment le gouvernement Scholz en Allemagne et le gouvernement De Croo en Belgique ont tout autant été sanctionnés.

À ce sujet, vous lirez également ci-dessous que ce qu’il s’est passé dans les pays scandinaves est significatif. Le plus souvent, et ce quelle que soit l’étiquette, les partis revendiquant de tout faire pour l’escalade guerrière ont été sanctionnés. C’est aussi une condamnation des institutions européennes et de Van der Leyen, qui n’ont cessé de financer la guerre et de l’encourager.

Plus que jamais : A bas la guerre, Cessez-le-feu !

ALLEMAGNE

« Un rejet radical de toute la politique du gouvernement Scholz »

Questions à Gotthard Krupp, rédacteur de SoPoDe

Le résultat des élections en Allemagne est un tremblement de terre. Quels en sont les éléments essentiels et leur signification en relation avec le gouvernement Scholz et la guerre ?

Gottard Krupp : On peut effectivement parler d’un tremblement de terre. Lors des dernières élections fédérales, les partis du gouvernement du chancelier Scholz, le SPD, les Verts et le FDP, ont gagné ensemble 52 % des électeurs, et maintenant ils n’en ont plus que 31 %. Le gouvernement Scholz n’a pas de majorité populaire. Le SPD a obtenu son plus mauvais résultat historique à une élection nationale.

Les Verts ont adopté en Allemagne, contre leur propre histoire, une position extrémiste en faveur de la guerre ; ils perdent près de 40 % de leurs électeurs par rapport aux dernières élections européennes. Ce krach est un rejet radical de toute la politique du gouvernement Scholz.

La majorité du peuple allemand craint que la politique du gouvernement ne pousse l’Allemagne vers une guerre avec la Russie. Et la majorité (plus de 60 %) s’oppose au soutien financier et militaire du gouvernement à la guerre génocidaire de Netanyahou contre le peuple palestinien.

La majorité de la société refuse de payer les frais de cette politique belliciste : fermeture des hôpitaux, pertes de salaires réels, augmentation de la pauvreté, hausse drastique des prix, notamment des loyers, réduction de retraites.

Le Parti Die Linke, qui a soutenu les livraisons d’armes à l’Ukraine et les sanctions contre la Russie, a perdu près de 50 % de ses électeurs. Le principal parti de la bourgeoisie, la CDU, n’a toutefois guère pu tirer de voix de cette crise existentielle du gouvernement. Le parti d’extrême droite AfD a réussi à concentrer les voix de protestation, notamment dans les Länder d’Allemagne de l’Est, particulièrement touchés par les destructions sociales. L’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), qui s’est constituée en parti il y a six mois seulement après la scission du parti Die Linke, a enregistré un succès historique avec 6,2 %, selon les commentaires de presque tous les journaux. Car jamais un parti n’a réussi à franchir la barre des 5 % du premier coup.

Peux-tu nous en dire plus sur le résultat de l’Alliance Sahra Wagenknecht ?

G. K. : En Thuringe, le BSW a obtenu 15 % des voix, soit plus que les partis gouvernementaux SPD, Verts et FDP réunis. Là, le parti au pouvoir Die Linke a perdu près de 60 % de ses électeurs.

La question de la guerre en Ukraine, la lutte contre la livraison d’armes et la guerre sociale menée par le gouvernement fédéral pour faire payer au peuple le coût de la guerre ont été au cœur de la campagne. Le BSW est le seul parti à avoir déposé au Bundestag une motion pour l’arrêt des livraisons d’armes à l’Ukraine comme à Israël. « Le pays a absolument besoin d’un nouveau départ politique… pour la justice sociale… pour la paix… pour la liberté d’expression », a estimé Sahra Wagenknecht.

Le parti BSW a pu compter sur les cercles de soutien qui se sont formés dans tout le pays et qui ont organisé la campagne électorale. Dans 18 villes, le BSW a rassemblé bien plus de 20 000 personnes.

La mobilisation s’est également exprimée à travers l’initiative « Les syndicalistes appellent à voter pour le BSW ». 550 000 voix pour le BSW sont venues d’anciens électeurs du SPD, 450 000 du parti Die Linke. Beaucoup, et nous en faisons partie à SoPoDe, associent ce nouveau parti BSW à l’espoir de voir enfin émerger une représentation politique pour les revendications de la majorité de la société contre la politique du gouvernement Scholz.

BELGIQUE

« La colère de tous ceux qui se sont révoltés contre la politique guerrière »

Le point de vue de Ludo de Brabander, dirigeant du mouvement pacifiste flamand Vrede, et signataire de l’appel du 4 mai du Comité européen de liaison et échanges

À des degrés différents, la majorité des partis qui ont formé jusque-là le gouvernement belge fédéral ont subi des échecs considérables le 9 juin 2024. Ce jour-là, en Belgique, se tenaient les élections européennes ainsi que les élections fédérales, régionales et communales.

Dans les résultats se chevauchent des tendances et influences différentes et ils ne sont pour cette raison pas faciles à interpréter. Mais une chose est sûre : « Ce sont les écologistes qui ont les pertes les plus catastrophiques à noter ». Ils ont le plus attiré la colère de tous ceux qui se sont révoltés contre la politique guerrière du gouvernement belge.

Tandis qu’une partie des partis bourgeois essayaient de profiter du « green deal » en s’associant à Ursula von der Leyen et que les partis de l’extrême droite jouaient sur les sentiments nationaux et anti-environnementaux, le PTB-PvDA a gagné dans les européennes et les fédérales. Il constitue maintenant le troisième groupe au plan national.

C’est la résistance contre la guerre, contre le soutien du gouvernement belge à la politique de l’Otan au sujet de l’Ukraine et contre son autorisation du transit d’armes vers Israël comme aide au génocide des Palestiniens qui s’exprime dans ce résultat pour le PTB-PvDA.

Les écologistes en Belgique (Parti Groen + Ecolo), qui n’ont cessé d’appuyer l’escalade guerrière, sont passés de 15,12 % avec 1 million de voix en 2019, à 10 % et 714 345 voix en 2024.

Le PTB-PvDA, qui se déclare opposé à la guerre, à l’Otan, et au génocide à Gaza, passe de 8,42 % avec 566 274 voix en 2019 à 10,70 % et 763 340 voix en 2024.

SCANDINAVIE

La question de la guerre, en Suède, en Finlande aussi…

En Suède, la coalition des partis de droite au gouvernement subit une défaite. C’est ce gouvernement qui vient d’augmenter considérablement le budget de l’armée pendant que les services publics sont dévastés, qui a signé l’entrée du pays dans l’Otan et la perte de souveraineté sur les bases militaires suédoises (traité DCA). En revanche, les Verts passent de 11,5 % à 13,8 %. Dans Stockolm ils font 20 %. Le Parti de gauche passe de 6,8 % à 11,1 %. À Malmö il fait 20 % des voix. Pourquoi ?

Ces deux partis ont pris position clairement contre le génocide à Gaza et ont participé aux mobilisations (particulièrement puissantes à Malmö) en défense des Palestiniens. D’autre part si ces deux partis ont accepté la guerre et l’envoi d’armes en Ukraine, ils sont opposés à l’entrée de la Suède dans l’Otan et au traité DCA.

En Finlande, l’Alliance de gauche (qui réunit les Verts et le Parti de gauche) passe de 6,9 % en 2019 à 17,3 % en 2024, pour des raisons similaires. L’Alliance de gauche s’est engagée contre le génocide à Gaza et n’appuie pas l’avancée de l’Otan et de l’armée des États-Unis en Finlande. Dans le même temps l’extrême droite associée aux gouvernements pro-guerre, recule fortement : les « Démocrates » chutent pour la première fois, sanction nette de leur accord d’association avec le gouvernement suédois. Les « Vrais Finlandais », entrés au gouvernement d’Helsinki en 2023, passent de 14 % en 2018 à 7,6 %.