Le congrès des syndicats britanniques contre l’augmentation des dépenses militaires
Le congrès annuel du TUC s’est tenu à Brighton du 7 au 10 septembre. Nous reproduisons ici plusieurs motions adoptées : contre la guerre, contre le soutien du gouvernement britannique au gouvernement génocidaire de Netanyahou, et pour la défense des droits des réfugiés.
- Actualité internationale, Grande-Bretagne

Le congrès des syndicats (Trade Union Congress) s’est tenu à Brighton du 7 au 10 septembre dernier. Il s’est tenu alors que les travailleurs du métro londonien, avec leur syndicat RMT, étaient en grève pour exiger du maire travailliste Sadiq Khan des augmentations de salaire et une diminution du temps de travail.
Les dirigeants du RMT ont été acclamés par le congrès. Il se tenait également à la veille d’une grande manifestation de l’extrême droite contre les migrants, alors que le gouvernement Starmer mène déjà une politique violemment anti-migrants.
Au cœur des discussions se trouvait la question du gouvernement travailliste Starmer, et des liens que le TUC (dont de nombreux syndicats affiliés sont membres du Parti travailliste) entretient avec lui. La décision de Jeremy Corbyn et Zarah Sultana (qui sera présente au meeting international contra la guerre, le 5 octobre à Paris ), tous deux députés anciennement travaillistes, d’impulser la création d’un nouveau parti rompant avec la politique de Starmer, était présente dans tout ce congrès.
La déclaration de Corbyn et Sultana annonçant cette initiative est claire : il s’agit de faire cesser le génocide en Palestine, et de dépenser plus pour les besoins sociaux de la population. Plusieurs motions adoptées par le congrès, que nous reproduisons ici, montrent que cette discussion traverse les syndicats.
Les salaires, pas les armesMotion présentée par le UCU (syndicat de l’enseignement supérieur), et adoptée par 2 871 000 mandats contre 2 291 000. « Le congrès reconnaît : 1. que les services publics, les biens communs et les infrastructures essentielles du Royaume-Uni – y compris l’éducation, la santé, les collectivités locales, le service postal et les transports – continuent de souffrir d’un manque chronique de financement et de négligence prolongée ; 2. que cette situation nuit aux travailleurs, affaiblit les syndicats et accentue le déclin national. Le congrès reconnaît en outre que : a. le réarmement ne constitue pas une base suffisante à lui seul pour un renouveau national ; b. aucune sécurité nationale réelle n’est possible sans un vaste investissement public pour reconstruire le tissu social et économique des communautés ouvrières ; c. la pression politique exercée par Trump continue d’augmenter les niveaux attendus de dépenses militaires, qui pourraient atteindre 5 % du produit intérieur brut ; d. dans le contexte politique actuel, des dépenses militaires toujours plus élevées signifieront inévitablement moins de moyens pour notre éducation, notre santé, nos collectivités locales et la transition écologique. Le congrès estime : 1. que nous devons, dans la meilleure tradition de notre mouvement, nous engager pour la paix et contre la militarisation ; 2. que faire activement campagne pour une hausse continue des dépenses militaires revient à apporter un soutien implicite à une dynamique plus large de guerre, dans un contexte dangereux de rivalité renouvelée entre grandes puissances ; 3. que la participation du Royaume-Uni au programme F-35 implique sa responsabilité dans les violations graves du droit international commises par Israël à Gaza. Le congrès décide de : I. revenir sur la position adoptée en 2022 de soutien à une augmentation immédiate des dépenses de défense ; II. prioriser la campagne pour un investissement public massif dans les services publics britanniques, détruits par l’austérité ; III. s’engager pour un monde sûr et vivable ; IV. réaffirmer que la priorité de notre mouvement doit être le bien-être et les salaires, pas les armes ni la guerre. |
La crise en PalestineMotion présentée par le NEU (enseignement primaire et secondaire). Une autre résolution du NEU dénonce la venue en Grande-Bretagne du président israélien, et appelle le TUC à se mobiliser contre elle. Le congrès constate : 1. que l’offensive génocidaire continue d’Israël contre Gaza a causé la mort de plus de 55 000 Palestiniens, dont 18 000 enfants. Des travailleurs essentiels ont été délibérément ciblés par Israël : 166 journalistes et professionnels des médias, 120 universitaires, 1 580 soignants et plus de 224 travailleurs humanitaires ont été tués depuis 2023. 2. En plus de la destruction massive des infrastructures vitales – habitations, hôpitaux, écoles et universités – Israël bloque l’acheminement de nourriture et de l’aide humanitaire, provoquant la famine et la propagation de maladies évitables. 3. Des ministres du gouvernement israélien, y compris Netanyahou, soutenus par Trump, ont proféré des menaces de nettoyage ethnique de Gaza, tandis que les attaques de colons et de l’armée israélienne contre les Palestiniens ont considérablement augmenté en Cisjordanie occupée. La démolition record de maisons palestiniennes et la construction prévue de dizaines de milliers d’unités de colonies contribuent à une annexion de fait. 4. En tant que partie à la convention sur le génocide, la Grande-Bretagne a l’obligation de prévenir et de punir le génocide. 5. Malgré ses déclarations de condamnation, le gouvernement britannique continue d’exporter des armes et des technologies militaires utilisées par Israël à Gaza, notamment des pièces pour les avions de chasse F-35. 6. Le 1er Mai, les syndicats palestiniens ont réitéré leur appel aux syndicats du monde entier à intensifier leurs campagnes pour « mettre fin à cette complicité honteuse dans l’occupation illégale, l’apartheid colonial et le génocide perpétrés par Israël » à travers des boycotts, désinvestissements et sanctions (BDS). Le congrès réaffirme sa politique actuelle de soutien aux droits du peuple palestinien. Le congrès exhorte d’urgence le gouvernement britannique à : a. prendre des mesures concrètes pour garantir un cessez-le-feu immédiat, total et permanent, avec un accès complet à l’aide humanitaire et alimentaire à Gaza, la levée du blocus et la libération des otages ; b. mettre en œuvre les décisions des tribunaux internationaux et reconnaître immédiatement l’État de Palestine, contribuant à une solution à deux États ; c. mettre fin immédiatement à tout commerce d’armes et toute collaboration militaire avec Israël, conformément au droit international ; d. imposer une interdiction totale de tout commerce qui soutient ou facilite les violations du droit international par Israël, y compris avec les colonies illégales israéliennes ; e. abroger l’interdiction autoritaire du mouvement Palestine Action en vertu des lois antiterroristes et défendre et renforcer le droit à la protestation pacifique, suite à l’arrestation de militants, dont Ben Jamal, lors de manifestations pacifiques organisées par la Campagne de solidarité avec la Palestine. |
Reconnaissance et respect des travailleurs migrantsMotion présentée par Unison (syndicat de services publics, et deuxième syndicat des TUC) et PCS (syndicat de l’administration) (extraits) Le congrès affirme que : – les travailleurs migrants ne sont pas responsables des bas salaires ni de l’exploitation sur le marché du travail. L’exploitation était déjà généralisée dans les soins sociaux avant le début du recrutement international. – les restrictions imposées aux travailleurs migrants ne les protègent pas de l’exploitation ; elles en facilitent la généralisation ; – faire des travailleurs migrants des boucs émissaires des problèmes du marché du travail ne combat pas l’extrême droite, mais la renforce ; – la création de régimes de visas précaires à droits restreints risque de mener à une super-exploitation de groupes déjà vulnérables. Les travailleurs migrants ont permis le bon fonctionnement de services essentiels. Le congrès s’oppose fermement à toute tentative d’allonger rétroactivement la durée requise pour l’ILR (permis de séjour indéfini) de cinq à dix ans : cela romprait la confiance, maintiendrait les travailleurs dans une situation d’exploitation prolongée, et les reléguerait au rang de citoyens de seconde zone pour encore plus longtemps. Le congrès estime que : – la rhétorique de certains ministres et les nouvelles législations migratoires viennent légitimer les discours du parti d’extrême droite Reform UK et d’autres forces similaires ; – le programme de visa pour travailleurs qualifiés, mis en place après le Brexit, a échoué à atteindre ses objectifs. Bien qu’il ait été conçu pour faciliter l’arrivée et la rétention de travailleurs essentiels, ses critères rigides et ses seuils de revenus élevés ont en réalité aggravé les pénuries de main-d’œuvre dans les secteurs clés ; – ce cadre injuste a conduit à la déportation de travailleurs – souvent noirs ou issus de communautés marginalisées – simplement parce que leurs revenus sont inférieurs à des seuils arbitraires. Fait alarmant : cela inclut des dizaines de fonctionnaires employés par le gouvernement lui-même, révélant la contradiction d’un État qui sous-paye ses employés et les punit pour cela ; – La fermeture du programme de visa pour les soins sociaux aux nouveaux candidats, combinée à une hausse des seuils de revenu pour les renouvellements, entraîne l’expulsion de travailleurs essentiels et des effectifs dangereux pour les usagers. Le congrès condamne cet échec politique et demande : – l’abrogation immédiate de la législation actuelle ; – son remplacement rapide par un système élaboré en pleine concertation avec le TUC, – avec des protections robustes pour les titulaires de visas actuels, notamment ceux qui travaillent déjà dans les services publics ; En attendant de telles réformes, le congrès s’engage à : – soutenir tous les travailleurs menacés de déportation par ce système défaillant ; – exiger la suspension immédiate de toutes les procédures d’expulsion liées au visa de travailleur qualifié, jusqu’à la mise en place d’une alternative juste et humaine, avec un abaissement des seuils de renouvellement de visa et des mesures concrètes pour faire face aux pénuries de personnel, notamment par des hausses de salaires et des normes minimales d’effectifs dans le secteur des soins. (La résolution se poursuit en soulignant le cas particulier du secteur de la santé) Le congrès appelle également le TUC à : a. travailler avec ses partenaires (y compris Stand Up to Racism) pour combattre le discours anti-migrants, notamment dans les zones contrôlées par Reform UK ; b. défendre l’importance du recrutement international pour permettre la relance du NHS ; c. s’opposer activement à tout changement des règles migratoires qui entraverait le recrutement et la rétention des professionnels de santé formés à l’étranger ; d. faire pression sur le gouvernement pour qu’il finance des offres attractives de recrutement et de fidélisation permettant au NHS de rester compétitif au niveau international ; e. soutenir les syndicats de professionnels de santé paramédicaux dans l’identification et la promotion des bonnes pratiques en matière de recrutement, d’intégration et de fidélisation des professionnels internationaux. |
