Italie : « Bloquons le pays pour la Flottille ! »
Depuis mercredi 1er octobre en soirée, manifestations et blocages se déroulent dans les villes italiennes, alors qu’aujourd’hui, c'est la grève générale en attendant, samedi, une grande manifestation nationale à Rome.
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Manifestations, rassemblements, assemblées, occupations spontanées, la mobilisation pour Gaza s’est répandue comme une trainée de poudre dans toutes les grandes villes italiennes, après la nouvelle, mercredi 1er octobre en soirée, de l’abordage de la Flottille par des navires de guerre israéliens.
C’est Naples qui la première a engagé l’action. Les manifestants envahissent les quais de la Gare centrale, entraînant l’arrêt du trafic ferroviaire. Nombreux les étudiants qui depuis la veille ont mis en place des piquets de grève à la faculté de Lettres et de philosophie et à l’Université l’Orientale.
« Ce que nous avions dit, nous sommes en train de le faire »
Présent lors du blocage de la gare de Naples, Giuliano Granato, porte-parole de Potere al popolo, déclarer sur ses réseaux sociaux : « Nous venons d’apprendre qu’Israël vient d’arrêter les bateaux de la flottille. Nous avons perdu le contact. Nous sommes à la gare centrale de Naples. Ce que nous avions dit, nous sommes en train de le faire : “Dès qu’ils toucheront à la flottille, nous bloquerons le pays”. C’est une première initiative. Vendredi 3 octobre, grève générale de 24 heures dans tout le pays. Samedi 4 octobre, grande manifestation nationale à Rome. De toute l’Italie, allons à Rome ! Bloquons le pays pour la flottille, pour la Palestine, pour notre présent et notre futur. »
À Milan, un cortège spontané de milliers de personnes est parti de la place de la Scala, a ensuite envahi les quais un peu avant 23 heures. « Non seulement ce gouvernement infâme ne nous représente pas mais y compris le président de la République qui nous démontre combien les institutions sont complices du génocide » a déclaré un manifestant au mégaphone en référence à l’intervention de Mattarella (Président de la République) pour que la Flottille décharge les aides à Chypre. « Ce sont nos institutions qui ont empêché de rompre le blocus illégal. Ils ne nous représentent pas. Envoyons-leur ce message pas seulement en paroles mais par des actes. » Les étudiants de l’université ont occupé les locaux et se sont déclarés prêts à la grève générale.
« Comme nous l’avions promis, s’ils touchaient à la Flottille, nous bloquerions tout. À Ainsi, après la manifestation qui a bloqué hier la gare de Milan Cadorna, aujourd’hui, nous avons occupé l’Université d’État de Milan » annoncent les étudiants.
À Rome, un rendez-vous est donné à la Gare Termini, à 22 heures. Parti à quelques centaines, le cortège finit par entraîner plus de 10 000 participants. Aux cris de « Bloquons tout », ils sillonnent les rues, paralysant la circulation. Sur ordre des forces de l’ordre plusieurs stations de métro sont fermées. À Sciences politiques, bloqué par les étudiantes, le drapeau palestinien est hissé et remplace le drapeau de l’Union européenne, aux cris de : « Non, la guerre nous ne la paierons pas ! »
Quais bloqués au port de Gênes
À Gênes, à l’annonce de l’attaque de la Flottille, le comité des travailleurs portuaires a bloqué deux quais et a lancé avec l’USB une mobilisation d’urgence à 22 heures au port. 3 000 ont répondu parmi lesquels les étudiants qui depuis plusieurs jours occupent l’université. Ils ont ensuite bloqué la rampe d’accès à l’autoroute de Gênes ouest. « C’est seulement grâce au rôle actif des étudiants, des travailleurs et des citoyens qu’il est possible de surmonter l’impuissance des classes dirigeantes »
À Livourne, des centaines de personnes ont pénétré dans le port au cri de : « Si ça ne change pas, nous bloquerons la ville ! » Puis ils se dirigent en manifestation vers la préfecture.
À Turin, les collectifs universitaires ont occupé le siège des facultés de lettres, où un piquet de grève permanent avait déjà été mis en place : « Après les manifestations massives de ces derniers jours, après les grèves, comme nous l’avons dit, nous sommes prêts, nous avons toujours été prêts à tout bloquer et le moment est venu d’agir », écrivent les étudiants. Dans la soirée, environ 2 500 personnes se sont rassemblées sur la place Palazzo di Città, devant la mairie, avant de partir en cortège spontané derrière la banderole de l’USB « Blocchiamo tutto » (Bloquons tout). Les entrées des gares de Porta Nuova et Porta Susa, ainsi que les accès au métro, ont été fermés.
À Bologne, la Piazza Maggiore s’est remplie de monde après un appel lancé par diverses associations : les manifestants ont même monté des tentes sur le pavé dans l’intention de prolonger l’occupation, puis des milliers d’entre eux ont défilé devant la préfecture.
À Florence, le rendez-vous est fixé à 21 h 30 dans le centre historique de la ville. Cinq cents personnes scandent « Free Palestine ». Puis, au milieu des fumigènes, le cortège improvisé se met en marche vers les boulevards périphériques en scandant « Bloquons tout ». Le cortège grossit au fur et à mesure qu’il avance, les manifestants marchent entre les voitures. Les automobilistes manifestent leur solidarité avec leurs klaxons, certains agitant même un keffieh par la fenêtre. Dans le cortège, des travailleurs des syndicalistes, des étudiants. Une assemblée s’est tenue pour préparer la grève générale de vendredi : « Vendredi, tout le monde dans la rue pour tout bloquer ».
Et aussi dans d’autres villes, Pise, Bari, Pavie…
Appel à la grève générale le 3 octobre
La CGIL et les syndicats de base, dont l’USB, ont proclamé une grève générale pour ce vendredi 3 octobre. Un appel unitaire. L’attaque contre la Flottille a permis de surmonter la division syndicale manifeste il y a seulement quelques jours, avec deux grèves distinctes.
Le 30 septembre, l’AG de la CGIL a voté à l’unanimité un texte donnant mandat d’organiser la grève générale de toutes les catégories de travailleurs contre le génocide.
« L’agression contre des navires civils transportant des citoyens italiens est un fait extrêmement grave. Il ne s’agit pas seulement d’un crime contre des personnes sans défense, mais il est grave que le gouvernement italien ait abandonné des travailleurs et travailleuses italiens dans les eaux internationales, violant ainsi nos principes constitutionnels », dénonce la CGIL. L’abordage de la Flottille, affirme le syndicat, est « un coup porté à l’ordre constitutionnel lui-même qui empêche toute action humanitaire et de solidarité envers la population palestinienne soumise par le gouvernement israélien à une véritable opération de génocide. Une attaque directe contre l’intégrité physique et la sécurité des travailleurs et travailleuses, volontaires et volontaires embarqués ».
Pour l’USB, « il est temps de tout bloquer ! »
Le principal syndicat étudiant, l’Union des étudiants, appelle à se mobiliser : « Nous le disons depuis des semaines, si quelque chose arrive à la Flottille, nous sommes prêts à tout bloquer. Les jeunes étudiants savent de quel côté se ranger. Mobilisons-nous, bloquons le pays pour mettre au pilori sa complicité dans le génocide en Palestine ».
Salvini : « Syndicats irresponsables, ils attisent les tensions dans les rues »
Moins d’une heure plus tard, le ministre des Transports Matteo Salvini condamneà la fois la grève et la mission sur les réseaux sociaux : « La Flottille est irrespectueuse, car elle choisit la provocation à un moment décisif pour la diplomatie internationale. Les syndicats de gauche sont irresponsables, car ils attisent les tensions dans les rues, nuisant ainsi aux Italiens ».
Dans un communiqué, le ministère fait savoir que Salvini envisage déjà de recourir à la réquisition des grévistes, car « la commission de garantie pour les grèves a déjà établi que la motivation invoquée par les syndicats ne relève pas des cas justifiant l’absence de préavis. (…) Éviter qu’une minorité irresponsable puisse nuire à des millions d’Italiens », peut-on lire.
Ainsi, tous les verrous mis en place par les gouvernements successifs pour empêcher la grève volent en éclats. Les services de renseignement et de la police ne savent plus où donner de la tête pour endiguer ce flot de protestations imprévues, de manifestations spontanées qui éclatent. Le ministère de l’Intérieur a ordonné un tour de vis sur les permissions et les congés des policiers du 1er au 6 octobre, « pour garantir le déroulement régulier des initiatives qui s’annoncent improvisées » en vue du cortège de samedi 4 et des grèves qui menacent de tout bloquer.
Malgré les manœuvres de diversion et les pressions, la Flottille continue sa route
De Copenhague, où elle participe au Sommet européen, Meloni répète : « la Flottille doit s’arrêter maintenant. (…) Tout autre choix risque de se transformer en un prétexte pour empêcher la paix… » (Trump vient d’annoncer son plan). « C’est le temps du sérieux et de la responsabilité. »
Mardi, pendant que les provocations israéliennes menacent, que la Flottille est en alerte permanente, la frégate envoyée par le gouvernement italien annonce qu’elle s’arrêtera une fois la limite des 150 milles des côtes de Gaza atteinte, soit vers 2 heures du matin.
« Ceci n’est pas une protection mais un sabotage, répond la Flottille. Une tentative de démoraliser et diviser la mission pacifique et humanitaire. Le blocus par Israël est illégal et le silence du monde entier est intolérable ! » déclare d’une embarcation un délégué italien.
La Flottille : « Nous ne nous arrêterons pas. La proposition de paix est seulement une mise en scène, une reddition totale, une vente du territoire palestinien à Israël et aux États-Unis ».
La Flottille avait reçu quelques jours auparavant un soutien particulier, celui de l’archevêque de Gênes qui prend position nettement, déclarant : « Quelle est la chose la plus utile pour Gaza ? Je dirai : allons de l’avant. Parce qu’il est important de donner un signal. La mission de la Flottille a le mérite d’avoir mis en évidence la folie de ce qui est en train d’arriver à Gaza. »
