« Cet appel intersyndical à manifester le 2 décembre me pose un problème »

Pour Astrid Petit, syndicaliste CGT Santé, « la suspension de la réforme des retraites, qui n'en est d'ailleurs pas une, est présentée comme une victoire. Alors que c’est une manœuvre pour permettre au gouvernement de tenir et de dérouler sa politique de casse ».

Par la rédaction d’IO
Publié le 28 novembre 2025
Temps de lecture : 2 minutes

Que penses-tu de l’appel intersyndical à manifester le 2 décembre ?

Astrid Petit : Cet appel me pose un problème : la suspension de la réforme des retraites, qui n’en est d’ailleurs pas une, est présentée comme une victoire à mettre au compte de la mobilisation. Alors qu’on sait bien que c’est une manœuvre pour permettre au gouvernement de tenir et de dérouler sa politique de casse, tant sur le budget de la fonction publique, que sur le budget de la Sécurité sociale !

Cette histoire de décalage, qui acte de facto la réforme des retraites, prend la forme d’un amendement au pire projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) qu’on ait vu. Dans le secteur hospitalier où je travaille, c’est 6 milliards d’euros de coupes supplémentaires qui sont programmées. On ne peut pas accepter ça !

Les hôpitaux sont déjà exsangues. Notre mandat, donné par des millions, c’est l’abrogation de la réforme des retraites et c’est d’empêcher le passage de ce PLFSS.

J’ajoute que choisir le 2 décembre, par ailleurs, c’est quand même particulier. Le 2 est une date de mobilisation, connue depuis des mois, en soutien à Jean-Paul Delescaut, le secrétaire général de l’union départementale CGT du Nord, qui a été condamné à un an de prison avec sursis pour avoir pris position contre le génocide en Palestine. Ça, c’est une vraie priorité aussi, et ma fédération a décidé d’aller le soutenir devant la Cour d’appel de Douai.

Sur les retraites, justement, que penses-tu de la conférence sociale que le gouvernement a relancée ?

Le gouvernement nous refait le coup du « conclave » pour tenter d’avancer encore sur la destruction du système de retraites. On voit très bien où ils veulent nous emmener, en s’appuyant sur les propositions de la CFDT de remettre sur le tapis la retraite par points.

La retraite par points, c’est la fin du code des pensions civiles et militaires et du système de retraite par répartition. C’est pouvoir baisser les pensions du jour au lendemain, en fonction de la valeur du point.

Au moment où le gouvernement ne fait qu’augmenter les budgets militaires, où un chef d’état-major nous appelle à sacrifier nos enfants, tout le monde comprend où ils veulent en venir. Comme pas mal de camarades autour de moi, je me suis félicité que mon syndicat, la CGT, ne participe pas à la première réunion en novembre. Je pense qu’il faut continuer sur cette lancée : nous n’avons rien à faire dans une opération contre les droits des salariés.