« Nous invitons nos camarades de France, de Belgique, d’Italie, d’Allemagne, d’Espagne, du monde entier »

La parole à Alex Gordon, ancien président du syndicat britannique de cheminots RMT et militant de Stop the War et de la Campagne pour le désarmement nucléaire.

Par la rédaction d’IO
Publié le 16 janvier 2026
Temps de lecture : 4 minutes

Les gouvernements européens annoncent une augmentation de leurs dépenses militaires. Quelles vont en être les conséquences ?

Cette course aux armements est financée en privant notre secteur public, en privant nos écoles, en privant notre système de santé d’investissements dont ils ont désespérément besoin, d’investissements en capital absolument indispensables. Ce que nous voyons, c’est un détournement complet des ressources économiques mondiales vers la préparation d’une guerre mondiale.

Certains disent depuis plusieurs années que la guerre mondiale a déjà commencé. Nous avons des guerres aujourd’hui en Ukraine. Nous avons des guerres au Soudan. Nous avons un génocide à Gaza. Nous avons des guerres en République démocratique du Congo. Cela se produit partout dans le monde, et cela dure depuis 25 ans.

Mais ce que l’on peut voir avec la dernière annonce de Trump, c’est que les États-Unis sont désormais dans une période de crise fondamentale, provoquée par leur déclin en tant que puissance hégémonique mondiale.

Et ils cherchent à s’accrocher au pouvoir, à s’accrocher à leur rôle central dans l’économie mondiale, en créant les bases d’une course mondiale aux armements et d’une guerre mondiale. Et cela nous arrive à une vitesse extrêmement rapide.

Et comment vois-tu le rôle des dirigeants européens ?

Macron en France, Starmer en Grande-Bretagne, Merz en Allemagne, sont des hommes coupables. Ils sont coupables de composer avec un tyran, coupables de composer avec un impérialiste, en la personne de Donald Trump.

Et ils créent les bases d’une guerre civile de longue durée en Europe, pas seulement en Ukraine, mais en Europe elle-même, car l’histoire nous enseigne une chose : lorsque l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne se réarment, l’issue la plus probable est une guerre entre la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France. Et nous voyons aujourd’hui se mettre en place les bases d’une nouvelle guerre européenne, d’une guerre continentale.

C’est quelque chose contre quoi les peuples de mon pays et de votre pays doivent lutter. Le dénoncer, y résister, l’arrêter, parce que nous avons besoin d’un avenir meilleur qu’un avenir de guerre.

Quelle est ton opinion sur la situation au Venezuela ?

Ce sont tout simplement des actes d’impérialisme éhonté, flagrant, ouvert. Trump a parlé des ressources naturelles du Venezuela – son pétrole, son or, ses terres rares. Il en a parlé comme de marchandises à piller.

C’est du colonialisme pur, dans sa forme la plus décomplexée. Cela me rappelle la Conférence de Berlin de 1884, lorsque les grandes puissances européennes se sont réunies pour se partager l’Afrique, pour violer l’Afrique à leur profit, pour leurs profits, afin d’ouvrir une nouvelle ère de l’impérialisme.

C’est ce que Trump essaie de faire, 140 ou 150 ans plus tard. C’est insoutenable, car les peuples d’Amérique latine, le peuple du Venezuela, n’accepteront pas le colonialisme américain.

Cet acte de colonialisme provoquera une réaction des peuples d’Amérique latine et de la classe ouvrière des États-Unis d’Amérique, qui renversera cette couche corrompue de politiciens, d’oligarques et de ploutocrates que Trump représente, et qui cherchent à violer le continent sud-américain pour leur propre bénéfice.

Quelles sont les discussions sur la guerre au sein du mouvement syndical britannique ?

Il y a un débat très intéressant et très vif au sein du mouvement syndical en Grande-Bretagne. Depuis trois ans, le Trade Unions Congress (TUC), qui est l’organe central de décision du mouvement syndical britannique, avait adopté une position consistant à soutenir l’augmentation des dépenses publiques dans l’industrie de l’armement, en affirmant que cela créerait des emplois et de la croissance économique.

En septembre dernier, lors du congrès du TUC à Brighton, nous avons renversé cette position et une majorité de syndicats britanniques a fait triompher l’idée que nous voulons des salaires, pas la guerre ; que nous voulons des salaires, pas des armes ; que nous ne croyons pas au mythe, à l’illusion selon laquelle dépenser de l’argent dans l’industrie de l’armement créerait de la croissance économique, de bons emplois, et un avenir meilleur pour nos enfants et pour les travailleurs de demain.

Cela ne crée pas des moyens de production. Cela crée des moyens de destruction. La plupart de ces emplois – les emplois militaires, les emplois dans l’industrie des marchés publics de la défense – sont parmi les plus intensifs en capital que l’on puisse créer. Si vous voulez créer de l’emploi, si vous voulez créer des emplois de qualité, il faut investir dans

la santé, dans l’éducation, dans les transports publics, dans la rénovation de nos infrastructures, dans la reconstruction de nos logements, dans l’isolation des bâtiments dans lesquels nous vivons – toutes ces finalités civiles, pour lesquelles nous avons besoin d’argent afin de survivre et de prospérer en tant que société en Grande-Bretagne.

Et c’est probablement la même chose en France aussi. Mais dépenser de l’argent pour des missiles, des chars, des bombes, c’est de l’argent mort.

Cela ne crée pas des moyens de production. Cela crée des moyens de destruction. Et la seule utilité d’une bombe est de tuer un être humain ou de faire exploser un bâtiment.

La position que nous avons adoptée en Grande-Bretagne, en tant que mouvement syndical, est donc de tourner le dos à l’argument selon lequel il faudrait financer l’industrie de l’armement pour obtenir de meilleurs emplois.

Nous n’y croyons pas, nous l’avons rejeté, et nous allons porter cet argument au-delà de la Grande-Bretagne, auprès des travailleurs de France et d’Allemagne. Cet été, nous organiserons une conférence à Londres, le 20 juin, dans le centre de Londres, à Westminster : une rencontre internationale antiguerre. Il y aura des centaines et des centaines de syndicalistes britanniques.

Et nous invitons nos camarades de France, de Belgique, d’Italie, d’Allemagne, d’Espagne, du monde entier, à venir participer à cette réunion et à échanger leurs points de vue et leurs expériences avec nous, car ensemble nous pouvons construire un mouvement mondial contre le militarisme, ce qui est nécessaire à l’heure actuelle.