Grève des médecins : « La ministre Rist a reculé »

Le docteur Cyrille Venet, médecin hospitalier au CHU de Grenoble, tire un premier bilan de la grève de ses confrères, médecins de ville.

Manifestation nationale des médecins à Paris, le 10 janvier (photo AFP).
Par la rédaction d’IO
Publié le 21 janvier 2026
Temps de lecture : 2 minutes
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Qu’a permis d’obtenir la grève de dix jours des médecins ?

Cyrille Venet : D’abord la ministre Stéphanie Rist a reculé. Dans un courrier en date du 16 janvier 2026 (6 jours après la manifestation), elle explique qu’elle va mettre un terme aux mises sous objectif ou ententes préalables concernant les arrêts de travail.

Je rappelle que les arrêts de travail sont un outil très important dans l’arsenal thérapeutique. Ils sont confiés à la décision du seul médecin. Le respect absolu de cette prérogative du médecin est préférable pour tout le monde. Elle est inscrite dans le code de déontologie (article 5), garanti par le code de la santé publique.

La ministre a reculé sur l’élément majeur de son dispositif anti-médecin, qui visait à les mettre sous tutelle dans leur prescription sur ce point. La ministre a aussi reculé, seulement en parole pour le moment, sur la question des tarifs de remboursements. C’est le nerf de la guerre.

Ensuite, cette grève a permis de resserrer les liens de toute la profession.

Les jeunes et les vieux, les hommes et les femmes, les généralistes des villes et des campagnes, leurs familles, les spécialistes de cabinet ou d’hôpitaux, publics ou privés, les directeurs d’établissements, l’ensemble des organisations syndicales de libéraux et même les conseils départementaux de l’Ordre des médecins étaient tous mobilisés contre les dispositions de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS). Aucun médecin de ce pays n’est d’accord avec le projet contenu dans ce LFSS. « Sauf Stéphanie Rist ! », m’a dit un collègue.

La troisième chose obtenue, après le recul et l’unité, c’est la clarification. Qui est d’accord de poursuivre avec les LFSS ? De Juppé, l’initiateur des PLFSS en 1996, à Rist, la rhumatologue d’Orléans, en passant par Braun, l’urgentiste de Metz, Buzyn, l’hématologue parisienne, Véran, le neurologue de Grenoble, ou Neuder, le cardiologue de LR, tous ont essayé de faire quelque chose pour faire perdurer les LFSS. Mais tout le monde a désormais compris qu’il faut revenir au fonctionnement « à l’acte » et au prix de journée. Redonner aux médecins la décision.

« Mesdames et Messieurs les médecins : vous prescrivez, nous (la classe ouvrière organisée) remboursons » : voici le logiciel auquel il faut revenir. D’ailleurs, et c’est le 4e acquis de cette grève, elle a été soutenue par les employés et cadres de la Sécu, qui ont pris la parole pendant la manifestation du 10 janvier 2026. C’est historique.

Des grèves éclatent en ce moment même dans les hôpitaux. Comme médecin hospitalier, qu’en dis-tu ?

Notre système marche sur ses deux jambes (médecine de cabinet et médecine hospitalière). La deuxième suit la première. Dans les deux cas, c’est la LFSS qui est cause des problèmes et qui met les médecins et les établissements dans l’incapacité de répondre à leur obligation de moyens.

De nombreux hospitaliers étaient présents dans la manifestation du 10 janvier et les médecins libéraux soutiennent leurs collègues qui décident la grève dans les hôpitaux. Les organisations ont la responsabilité de travailler à l’unité de la résistance et de ne pas laisser les uns ou les autres seuls dans leur secteur.