« Comme de nombreux syndicalistes, je suis candidat aux municipales »
Louis Boussel, militant CGT à Paris, réagit à une note de la direction confédérale, laquelle regrette que « la gauche parte en ordre dispersé » aux élections municipales de mars prochain.
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« Comme de nombreux syndicalistes, je suis candidat aux élections municipales. Je me présente sur la liste conduite par Christophe Prudhomme, conseiller régional apparenté LFI, médecin urgentiste et syndicaliste lui aussi, dans le 13e arrondissement de Paris.
Nous étions d’ailleurs ensemble au rassemblement organisé le 26 janvier devant l’université de la Sorbonne contre la présence des militaires à la fac, à l’occasion de l’installation d’une chaire dédiée à l’embrigadement de la jeunesse à laquelle des généraux sont programmés pour y tenir conférence auprès des étudiants.
C’est une bonne chose que les syndicalistes s’engagent dans les élections politiques. Fort de leur expérience au service des salariés et des agents de la fonction publique, ils connaissent les besoins des gens et agissent dans l’intérêt du service public.
Bien sûr, comme l’ensemble des militants syndicaux qui se présentent aux élections municipales, je suis candidat en mon nom personnel et non au titre de mon organisation syndicale, conformément à ses statuts et à la diversité des opinions politiques qui la traversent.
Une note confédérale sur les élections qui a retenu mon attention
La direction confédérale de la CGT a d’ailleurs rappelé, dans une note sur les élections municipales adressée aux organisations le 13 janvier, l’« interdiction d’utiliser le sigle CGT en cas de candidature ou de soutien à une liste », soucieuse que « la plus grande vigilance s’impose sur le respect de l’indépendance syndicale ».
Mais c’est le contenu de cette note qui a le plus retenu mon attention : il y est affirmé le « danger de l’extrême droite » qui est « très fort sur ces échéances ». Effectivement, personne ne conteste qu’en conséquence de la politique réactionnaire, anti-ouvrière et raciste conduite par Macron depuis bientôt neuf ans, le Rassemblement national (RN) a gagné du terrain, passant de 8 députés en 2017 à 122 aujourd’hui.
Mais, précisément pour cette raison, j’ai été choqué de lire l’analyse suivante de la note validée par la commission exécutive confédérale : « Tous les ingrédients sont réunis pour lui ouvrir un boulevard (au RN, Ndlr) : la gauche part en ordre dispersé (essentiellement Verts/PS/PCF d’un côté et LFI de l’autre, mais avec de nombreuses exceptions et spécificités locales) dans la quasi-totalité des communes, y compris dans les endroits à fort danger extrême droite, ce qui démobilise les électeurs et divise les voix. »
Le PS a sauvé la peau de Lecornu
Pour la direction confédérale de la CGT, donc, ce qui « démobilise les électeurs », c’est la division de la gauche, et, puisque ce n’est pas écrit clairement mais c’est sous-entendu en filigrane, ce qui « divise les voix », c’est le refus de LFI de se fondre dans des listes communes avec le PS.
Je constate qu’en écrivant cela, la direction de la CGT ne s’applique pas à elle-même ce qu’elle exige de ses militants, à savoir « la plus grande vigilance sur le respect de l’indépendance syndicale ».
Car, enfin, sur le fond, il faut bien y revenir : ce qui « démobilise les électeurs », ce ne serait pas plutôt la trahison du PS qui a piétiné le mandat de ses électeurs en sauvant la peau du gouvernement Bayrou il y a un an, et en sauvant celle du gouvernement Lecornu aujourd’hui, en votant le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) et en refusant de voter la censure d’un gouvernement qui fait passer un budget de guerre contre les travailleurs avec des dizaines de milliards de coupes dans les services publics et une augmentation de près de 7 milliards pour l’armée ?
N’est-ce pas plutôt cette trahison du PS qui « ouvre un boulevard » au RN, pour reprendre l’expression de la direction confédérale ?
Moi qui suis sur une liste municipale sur Paris, si j’applique l’analyse de la direction confédérale de la CGT, alors il aurait fallu que je soutienne la liste conduite par Emmanuel Grégoire, celui-là même qui a voté le PLFSS en décembre dernier et qui a refusé de censurer ce gouvernement ? En agissant ainsi, aurais-je vraiment « respecté l’indépendance syndicale » de mon organisation ? Qu’on me permette d’en douter…
Je comprends mieux maintenant pourquoi, le même jour, un courrier public et agressif, à l’attention de Jean-Luc Mélenchon, a été envoyé par la direction confédérale de la CGT…
À l’inverse, le rôle des organisations syndicales n’est-il pas plutôt d’organiser concrètement, et réellement, la mobilisation syndicale contre la politique du gouvernement et ses soutiens, par la grève, les blocages et tous les moyens nécessaires, pour défendre et gagner les revendications ? Ne serait-ce pas le meilleur moyen de combattre l’extrême droite ?
