La coalition Macron-Lecornu-PS à l’œuvre
Le 2 février, pour la troisième fois consécutive, la motion de censure contre le budget Lecornu échoue à quelques dizaines de voix. Le 31e 49-3 de la macronie vient de passer. Une nouvelle fois, les socialistes ont refusé de voter la censure préférant s’abstenir.
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Le 30 janvier, Sébastien Lecornu recourt pour la troisième fois au 49.3 pour faire passer son budget de guerre et ses milliards de coupes. Le 2 février, pour la troisième fois consécutive, la motion de censure contre le budget Lecornu échoue à quelques dizaines de voix. Le 31e 49-3 de la macronie vient de passer.
Une nouvelle fois, les socialistes ont refusé de voter la censure préférant s’abstenir. Face à la presse à l’issue de la séance, Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale déclare : « Aujourd’hui, le Parti socialiste confirme son entrée dans un soutien sans participation au gouvernement. Le Parti socialiste n’a plus rien à voir avec le programme du Nouveau Front Populaire sur lequel nous avons toutes et tous été élus. De fait, l’élection municipale des 15 et 22 mars prend un autre sens politique. » Toute honte bue, Lucie Castets déclare sur BFM TV le soir même : « Les coupes budgétaires dans nos services publics sont irresponsables ! » Des coupes validées par sa tête de liste aux élections municipales à Paris, le député PS Emmanuel Grégoire, qui a refusé de censurer le gouvernement onze fois en un an ! Contorsions et forfaitures qui n’ont qu’un seul objectif : sauver Macron et les institutions. Et ce n’est pas nouveau.
Revenons quelques mois en arrière.
Juillet 2024 : 69 députés PS sont élus sur des listes portées par le NFP et son programme de rupture. Comme chacun s’en souvient, Macron s’assoit sur le résultat du NFP arrivé en tête des élections législatives devant le RN et Ensemble, le parti présidentiel qui s’effondre.
Début septembre, Macron nomme Michel Barnier premier ministre. La France insoumise mène campagne pour la destitution de Macron avec le mot d’ordre « censure, destitution ». Le 7 septembre, 48 heures après le nouveau coup de force de Macron, à l’appel notamment de LFI, 300 000 manifestants, dont beaucoup de jeunes, manifestent partout en France. Le 4 décembre, trois mois après la nomination de Barnier, l’Assemblée nationale vote une motion de censure provoquée par le déclenchement de l’article 49.3 par Barnier sur le budget. Barnier remet sa démission.
Accord de non-censure entre Bayrou et le PS
François Bayrou est nommé premier ministre le 13 décembre. Il engage des concertations pour un accord de non-censure centré sur la perspective d’une conférence sociale sur la question des retraites. Le tout organisé avec les sommets des confédérations syndicales. C’est ce que défendait Fabien Roussel tout comme la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet et… François Hollande. Sur BFM TV, l’ex-président socialiste déclare vouloir « une conférence sociale, avec les partenaires sociaux, pour rediscuter d’un certain nombre de paramètres de cette réforme (…). Ensuite, ça sera en 2027 que la question des retraites sera de nouveau posée. La seule méthode que je connaisse à ce stade, ce n’est pas d’exiger une abrogation. (…) Il faut qu’il y ait une suspension peut-être. » Quand on sait ce qui s’est passé quelques mois plus tard, l’enfumage organisé sur la question de la « suspension » de la réforme des retraites « négociée » à coups de conclave Bayrou, intégrant les dirigeants syndicaux partisans de la « stabilité », on voit le rôle central de Hollande au cœur du dispositif pour sauver Macron. Tout comme celui des directions syndicales. On se souvient de la déclaration commune FO-CFTC-CFDT avec les organisations patronales du 17 décembre 2024 appelant à « retrouver au plus vite le chemin de la stabilité, de la visibilité et de la sérénité ». Déclaration d’ailleurs saluée par Bayrou dans son discours de politique générale. Pour sa part, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, déclare sur BFM TV : « Il faut de la stabilité. Bayrou doit répondre aux exigences sociales ».
Depuis lors, le Parti socialiste refuse systématiquement de voter la censure. Et pendant ce temps, les confédérations syndicales restent en retrait.
Bayrou déclenche le 49.3 à quatre reprises pour faire passer son budget. 60 députés PS refusent de voter la motion de censure. « Un autre chemin se dégage », se félicite Bayrou. Le PS entérine donc la hausse des tarifs d’électricité pour 11 millions de Français, la baisse des APL ou encore la baisse de l’indemnisation des arrêts maladie pour les fonctionnaires (et le gel de leur salaire). Et permettant au passage à François Bayrou de se maintenir alors qu’il est englué dans l’ignoble affaire Bétharram et que la France insoumise appelle à sa démission.
Le 15 juillet, Bayrou annonce la nécessité de procéder à 43,8 milliards de coupes budgétaires dès 2026, le gel brutal des dépenses publiques, la suppression de deux jours fériés, la hausse sans précédent du budget de la défense. Sur les réseaux sociaux, un appel à tout bloquer se diffuse pour la rentrée. Le mouvement Bloquons tout appelle à tout bloquer le 10 septembre. La seule perspective d’un mouvement large orienté contre le gouvernement et Macron, et non maîtrisé, aura suffi à faire tomber Bayrou. Pour la deuxième fois en neuf mois, et pour la première fois dans l’histoire de la Ve République sur un vote de confiance à l’Assemblée nationale, le Premier ministre est tombé. C’est sur le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, que le choix s’est donc porté pour le remplacer : tout un symbole ! En un mois, ce dernier démissionne puis est renommé. Le 16 octobre 2025, la motion de censure échoue : il n’a manqué que 18 voix, 62 députés PS ont refusé de la voter.
16 décembre 2025 : le projet de loi de financement de la Sécurité sociale n’est adopté qu’à 15 voix près. 64 députés PS ont voté pour, 5 se sont abstenus. 25 députés écologistes se sont abstenus. Au même moment, des centaines de syndicalistes se rassemblent devant l’Assemblée pour demander aux députés de ne pas voter le PLFSS, en l’absence de réaction de leurs confédérations. L’adoption de ce budget va se traduire concrètement par le fait que l’hôpital va continuer à s’effondrer. Alors même que près de 1 500 patients sont morts dans les couloirs des urgences en 2025.
Les contorsions, les justifications toutes plus fumeuses les unes que les autres, en particulier des dirigeants PS, leurs tours de passe-passe n’y changeront rien : le PS a voté pour un texte gouvernemental qui ampute de 12 milliards le budget des hôpitaux, des Ehpad, de la protection sociale…
Le 14 janvier 2026, la motion de censure sur l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Il manque 23 voix pour faire tomber Lecornu. Tous les députés PS (69) se sont abstenus.
Pour le projet de budget de l’État pour 2026, le gouvernement actionne finalement à trois reprises le 49.3. On se souvient que quelques mois plus tôt, Faure s’était félicité d’avoir obtenu de Lecornu le non-recours au 49.3. Trois motions de censure ont été soutenues par LFI, les 23 et 27 janvier et le 2 février 2026. Il s’en est fallu de 20, 22 et 29 voix (respectivement) pour faire tomber le gouvernement. À chaque fois, 64 députés PS ont refusé de la voter.
Justifiant l’abstention (une nouvelle fois) de son groupe sur la motion de censure, le député PS Laurent Baumel déclare sur BFMTV le 23 janvier : « Dans le fond, les notions mêmes de majorité et d’opposition sont devenues plus complexes. » Quel aveu ! Et d’enfoncer le clou, se prévalant d’une coalition de fait avec la macronie : « Le meilleur service qu’on peut rendre aux Françaises et aux Français aujourd’hui, c’est d’essayer de se mettre d’accord (…) pour donner à ce pays un peu de stabilité budgétaire et gouvernementale. » La stabilité pour permettre à Macron de se maintenir et avec lui sa politique de misère, réactionnaire, raciste ainsi que son budget de guerre : 6,7 milliards supplémentaires pour l’armée.
Faure et la gauche anti-LFI
Le 22 janvier, lors de l’examen d’une proposition de loi LR autorisant le travail le 1er mai des salariés des artisans boulangers et des fleuristes, Sophie Binet choisit de s’afficher devant l’Assemblée nationale aux côtés du chef des députés PS, Boris Vallaud, lequel refusera de voter, le lendemain, avec tous ses collègues du PS, la première motion de censure contre le projet de budget de l’État. Plus encline à s’afficher avec le PS qu’avec les députés de la France insoumise, par exemple lorsqu’ils étaient venus soutenir les centaines de syndicalistes CGT et FO venus demander l’abandon du budget devant l’Assemblée nationale le 16 décembre.
Le 24 janvier, la gauche anti-LFI avec Faure, Tondelier, Autain, Corbière, Castets, Garrido, Ruffin et Cie annonce la tenue d’une primaire pour les présidentielles pour octobre 2026. Faure y déclare d’ailleurs sous le regard médusé et les rires nerveux de ses comparses : « Si des gens disent on est tous d’accord pour que ce soit François Hollande, bah très bien ce sera François Hollande. Je connais son habilité et sa capacité à convaincre ». Au même moment, en quelques jours, près de 600 militants écologistes signent une tribune pour manifester leur désaccord avec leur direction qui a préféré « tourner le dos à une écologie de rupture, au bénéfice d’une alliance avec les socialistes devenus la béquille du macronisme » et rejoindre les listes LFI.
Malgré les calomnies permanentes contre la France insoumise, et au grand désarroi de tous ses détracteurs, ses meetings préparatoires aux élections municipales rassemblent des milliers et des milliers qui plus que jamais veulent la rupture avec Macron et ses soutiens.
