Des drones militaires produit par Renault ? « Cela revient à fabriquer des bombes »
William Audoux, secrétaire du syndicat CGT Renault Cléon (Seine-Maritime), réagit à l’annonce du projet de fabrication par Renault de drones militaires : « Les travailleurs ont signé un contrat de travail pour produire des véhicules civils, pas pour faire des armes de guerre. »
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En quoi Renault, et l’usine de Cléon sont impactées par la militarisation de l’industrie ?
William Audoux : Actuellement nous n’avons pas d’informations par la direction, nous avons surtout les informations données par la presse (Usine nouvelle…). Le projet serait que Cléon produise des moteurs pour les drones kamikazes. Il est question de 600 moteurs par mois, le même moteur 2 litres diesel que nous produisons déjà pour les utilitaires.
Nous questionnons la direction pour essayer de savoir ce qu’il en est, mais elle nous répond : « Nous sommes en discussion, nous vous informerons si le projet se concrétise. »
Quand les premières annonces ont circulé dans la presse, il y a eu des réactions. À la CGT, nous disons que nous avons signé un contrat pour produire des véhicules civils permettant à la population de se déplacer, pas pour faire des armes de guerre pour aller tuer à des milliers de kilomètres.
Quelles sont les réactions dans l’usine ?
Les salariés ont différentes réactions.
Certains disent : « OK avec vous. » D’autres : « Oui, mais si cela peut nous rapporter du boulot… »
À la CGT, nous avons expliqué qu’il serait question de 600 moteurs par mois pour les drones, mais l’an dernier nous avons sorti 220 000 moteurs dans l’année. Nous avons calculé que chaque mois cela ferait 10 moteurs par équipe. Cela ne se verra pas.
Heureusement, des gars réagissent bien. À la fonderie, il y a eu franchement un recul contre ça. Les gars ont dit : « Cela revient à fabriquer des bombes. »
Des dirigeants au début parlaient de drones pour faire de l’observation. Mais non, ce sont des drones kamikazes qui peuvent transporter une bombe d’une tonne pour tuer. C’est pour cela qu’ils ne veulent que le drone coûte le moins cher possible, puisque beaucoup ne rentreront pas à la base.
Comment le syndicat se bat ?
C’est un peu compliqué. Nous pouvons voter contre en CSE, mais ce n’est que consultatif. Nous avons un communiqué CGT pour l’ensemble du groupe Renault qui est contre. Et à Cléon, nous avons déjà eu deux expressions par tract contre. Mais à l’usine Renault du Mans, où le projet est de leur faire produire des châssis de drones, aucun syndicat n’a voté contre la fabrication, malgré le communiqué CGT du groupe.
Il faut expliquer dans les ateliers. Certains disent si ce n’est pas nous à Cléon qui les fabriquons, d’autres le feront. Le syndicat Sud a écrit dans un tract : « Si cela peut pérenniser le site… » Cela augmente la pression, mais la CGT reste sur sa position, et nous sommes rejoints par de plus en plus de salariés.
La parole du général Mandon qui a dit qu’il faudrait « accepter de perdre nos enfants » a choqué. La course à la guerre commence à faire peur.
Constamment, ils expliquent : « Armez-vous parce que votre voisin va vous attaquer. » Et tout cela, tout cet emballement réfléchi, ça amène à la guerre. Et les centaines de milliers de morts de la guerre comme en Ukraine, cela sert à la manipulation de masse, dans tous les domaines et à l’enrichissement d’une minorité.
C’est important qu’on ait une même position nationalement contre ça. Nous, à Renault, nous avons signé un contrat, à l’embauche pour fabriquer des véhicules pour assurer la mobilité de la population pas pour les tuer.
Si la direction présente officiellement le projet, on aura le débat franchement entre les copains du syndicat. Je pense qu’on votera contre. Moi je suis pour qu’on vote contre.
