La préparation du meeting international de Londres au cœur de la convention annuelle de Stop the War

Nous livrons à la connaissance de tous ceux qui préparent ces initiatives, et au-delà, des extraits d’interventions à la confé rence annuelle de Stop the War qui s’est tenue ce 14  mars, à Londres.

Lors de la convention annuelle de la Coalition Stop the Par, à Londres, le 14 mars (photo Matthew M.).
Par la rédaction d’IO
Publié le 20 mars 2026
Temps de lecture : 7 minutes

Initiatrice en 2003 des immenses mobilisations en Grande-Bretagne contre la guerre en Irak, figurant parmi les organisateurs des puissantes manifestations contre le génocide en Palestine, Stop the War a tenu sa conférence annuelle à un moment crucial, marqué par la guerre de Trump et Netanyahou contre l’Iran et le Liban, la poursuite de l’assassinat du peuple palestinien. Dans cette conférence : une immense détermination, la volonté d’œuvrer au regroupement indispensable à l’échelle internationale contre la marche à la guerre des gouvernements.

Stop the War accueillera, au Central Hall Westminster, en face du Parlement britannique, à Londres, le 20 juin prochain, un grand meeting international contre la guerre, après celui tenu à Paris, le 5 octobre dernier. Le meeting de Londres sera précédé par trois meetings en France, à Nantes, Lyon et Paris, les 1er, 2 et 3 avril prochains.

John Rees, cofondateur de Stop the War

« L’ère de l’« impérialisme gangster » est apparue à cause de l’échec de la phase précédente de l’impérialisme. Cette phase était définie par le « nouvel ordre mondial » de George Bush, par le Project for the New American Century, par les guerres en Afghanistan et en Irak. Or ces guerres n’ont pas permis aux impérialistes d’obtenir ce qu’ils voulaient.

Ils pensaient que le moment unipolaire de la suprématie américaine après la guerre froide serait durable et stable, et qu’il définirait durablement l’ordre impérialiste mondial.

Mais le rêve de cette génération – les Bush, les Cheney, les Condoleezza Rice – s’est brisé en Irak et en Afghanistan.

Imaginez faire partie de l’élite de la sécurité nationale des États-Unis et, après quatorze années de guerre pour éliminer les talibans, se retrouver… avec les talibans toujours au pouvoir. Imaginez croire que vous obtiendriez la victoire en Irak et que tout ce que vous produisez, ce sont des ruines, du mécontentement et l’essor de l’État islamique.

C’est cet échec qui libère aujourd’hui une phase impérialiste encore plus violente, sans règles, cynique et destructrice. Et son représentant parfait est Donald J. Trump.

Cela provoque une réponse impérialiste encore plus massive que tout ce que nous avons connu auparavant.

Les dirigeants européens sont plongés dans la confusion par Donald Trump. Ils détestent Donald Trump. Mais leur réponse consiste à copier Donald Trump.

Trump réarme. L’Europe réarme.

Ainsi, d’un bout à l’autre du continent, les budgets militaires et les profits des entreprises d’armement battent désormais tous les records – y compris ceux de la guerre froide.

Rheinmetall, le grand fabricant d’armes allemand, a vu ses profits augmenter de 1 000 % en un an et demi. Pendant que Volkswagen licencie 50 000 travailleurs, Rheinmetall parle de reprendre une usine automobile pour la transformer en production de chars.

Partout sur le continent, on parle désormais de conscription et de guerre. Et la conscription devient une réalité.

En Allemagne, en France, en Belgique, aux Pays-Bas, le débat sur la conscription est revenu.

Et dans ce pays, c’était déjà une proposition dans le manifeste des conservateurs lors des dernières élections, et elle est désormais reprise par Keir Starmer.

Soyons clairs : le nouvel impérialisme, la nouvelle course aux armements et les préparatifs de guerre sont déjà en cours sur tout le continent.

Et cela est encouragé, soutenu et entretenu par une internationale de l’extrême droite.

Il est écrit noir sur blanc dans la nouvelle stratégie de sécurité de Donald Trump que son administration interviendrait directement dans la politique européenne pour soutenir et renforcer les forces d’extrême droite.

C’est ce que cela signifie lorsque Elon Musk finance l’organisation d’un rassemblement de Tommy Robinson à Whitehall.

Une alliance internationale d’extrême droite est en train de se constituer sous nos yeux.

Pour toutes ces raisons, nous devons avancer et nous mobiliser davantage.

Nous sommes une organisation de mobilisation de masse et nous ne renoncerons jamais à cette stratégie. Depuis une génération, c’est la méthode la plus efficace dont disposent les travailleurs pour obtenir des changements face aux gouvernements.

Nous défendons le droit à la désobéissance civile pacifique, et nous avons immédiatement soutenu celles et ceux qui ont été arrêtés pour avoir participé aux initiatives de Palestine Action.

Il est temps de nous poser une question : que devons-nous faire de plus ?

Il y a deux directions possibles.

La première est la mobilisation internationale. Elle sera forcément plus efficace si nous nous organisons à l’échelle internationale plutôt que pays par pays.

Mais plus important encore : comment ce mouvement peut-il s’ancrer dans le mouvement organisé de la classe ouvrière ?

Il y a quelque chose de remarquable de voir les dockers italiens refuser de charger des armes. J’ai eu la chance de voir leur réseau se développer à travers l’Europe pour empêcher l’envoi d’armes vers Israël.

Et il faut saluer les réalisations de la conférence de Paris.

Je rends le plus grand hommage aux camarades français qui ont pris cette initiative, rempli la salle de Paris et surmonté les doutes de nombreux syndicats – en France et ailleurs en Europe.

Cette conférence a constitué un pas collectif en avant dans l’organisation d’une action militante à l’échelle européenne. Des délégués sont venus de toute l’Europe et même des États-Unis.

Nous voulons maintenant reproduire et approfondir ce processus à Londres.

Et je dois dire aux camarades espagnols qu’il n’y a aucun pays en Europe vers lequel je préférerais aller ensuite que l’Espagne.

La tâche est simple à formuler : reconstruire la solidarité internationale de la classe ouvrière contre l’austérité et contre l’impérialisme.

Il n’existe pas de tâche plus importante.

Nous avons fait à Paris un début magnifique.

Nous devons faire en sorte que Londres s’appuie sur ce début.

Avec les organisations internationales de syndicalistes, avec les travailleurs, avec la gauche et avec le mouvement anti-impérialiste, nous pouvons construire une mobilisation européenne et mondiale contre la guerre, dans chaque syndicat, dans chaque lieu de travail et dans chaque communauté ouvrière.

Voilà notre objectif. C’est une tâche immense.

Mais nous avons commencé. Nous avons montré que c’était possible.

Et je vous appelle toutes et tous à porter ce message dans vos communautés, dans vos lieux de culte, dans vos syndicats et dans vos lieux de travail.

Faites vivre ce mouvement.

Parce qu’il est le rempart entre nous et un monde qui ressemblerait à celui de Donald Trump. »

Micaela Tracey-Ramos, membre du comité exécutif de Unison (syndicat national des services, premier syndicat du Royaume-Uni)

« Lors de notre conférence nationale des délégués, nous avons adopté une politique s’opposant fermement aux propositions du gouvernement visant à augmenter les dépenses militaires de 2,3 % à 2,5 % du revenu national d’ici 2027.

Cette position établissait un lien clair entre l’augmentation des dépenses militaires et la réduction des investissements dans les services publics et les besoins sociaux.

Nous sommes également fiers d’avoir soutenu la motion « Wages Not Weapons » (Des salaires, pas des armes) présentée au congrès du TUC (Trade Union Congress). Cette motion a permis d’annuler la politique adoptée en 2022 qui soutenait l’augmentation des dépenses militaires.

Historiquement, le TUC défendait la politique de diversification de l’industrie de défense, c’est-à-dire la conversion des industries militaires vers des productions civiles. Il est essentiel que nous revenions à cette orientation et que le mouvement syndical reprenne l’initiative sur la question de la paix.

Mais cela ne suffit pas. Nous devons aller plus loin et offrir une alternative aux travailleurs et aux membres de nos syndicats.

Un travail important a été réalisé récemment dans le mouvement pour la paix autour d’un document appelé Alternative Defence Review (Réexamen alternatif de la défense). Ce document a été déterminant pour notre syndicat, car il remet en cause le récit dominant qui justifie la guerre et propose une vision alternative fondée sur la paix, la justice et la sécurité.

Je suis convaincue que les arguments développés dans ce document nous donnent les moyens de déconstruire de nombreux mythes autour de la militarisation et de l’emploi.

Il montre comment la militarisation déforme les priorités nationales, alimente l’insécurité mondiale au lieu de nous protéger et détourne des ressources qui devraient être consacrées aux services publics et aux infrastructures sociales.

Il démontre également que les dépenses militaires sont économiquement inefficaces et écologiquement destructrices, alors qu’une économie orientée vers des besoins civils serait bien plus durable et plus juste.

C’est exactement le type d’économie dont le mouvement ouvrier et la classe travailleuse britannique ont besoin.

C’est pourquoi il est essentiel de diffuser largement ces arguments dans le mouvement syndical et dans la société.

Nous devons en particulier mener ce débat dans les syndicats comme Unite ou Prospect, qui ont parfois adopté des positions favorables à l’augmentation des dépenses militaires.

Il faut déconstruire le mythe selon lequel plus de dépenses militaires signifie plus d’emplois.

C’est faux.

C’est un mensonge utilisé pour justifier l’augmentation des budgets militaires au profit des entreprises d’armement – et non au profit des travailleurs.

Ces politiques ne profitent ni aux membres des syndicats ni à la classe ouvrière. Elles profitent avant tout aux entreprises d’armement, dont beaucoup ne sont même pas britanniques mais américaines.

La guerre n’est pas une question secondaire. Elle est au cœur des intérêts de nos membres.

Lorsque le Parti travailliste est arrivé au pouvoir, la première chose que Keir Starmer a faite a été de se rendre à un sommet de l’Otan à Washington pour assurer les États-Unis que le Royaume-Uni continuerait à soutenir la politique militaire américaine dans le monde.

Depuis lors, avec la complicité du gouvernement britannique dans la guerre d’Israël contre les Palestiniens, la poursuite de la guerre en Ukraine et maintenant l’implication dans la guerre contre l’Iran – notamment en autorisant l’utilisation de bases militaires américaines au Royaume-Uni – le gouvernement s’est clairement positionné comme un gouvernement de guerre.

Le gouvernement se félicite même de mener la plus forte augmentation durable des dépenses militaires depuis la guerre froide.

Cela signifie que le Parti travailliste est en train d’engager le pays dans une économie de guerre.

Ils parlent d’une politique « Nato first » (Otan d’abord).

Mais que signifie réellement « Otan d’abord » pour les travailleurs ?

Cela signifie remplir les poches des entreprises d’armement au lieu d’investir dans les services publics et les infrastructures sociales.

Cela signifie une atteinte à notre souveraineté nationale, puisque les États-Unis utilisent des bases militaires britanniques pour stocker des armes et mener des opérations qui tuent des civils. Cela signifie aussi une complicité continue dans la guerre et dans le génocide contre le peuple palestinien. Tout cela affecte les membres de tous les syndicats. La classe ouvrière britannique est fondamentalement anti-guerre.

Nous devons exiger la fermeture des bases militaires américaines en Grande-Bretagne, afin que notre pays retrouve sa souveraineté.

Nous devons continuer à porter la cause de la paix dans le mouvement ouvrier, approfondir notre compréhension de l’impérialisme et de la guerre, et exiger des investissements massifs dans les services publics et dans la jeunesse.

Au lieu de « Otan d’abord », au lieu de « la guerre d’abord », pourquoi ne pas dire : la classe ouvrière et la jeunesse de Grande-Bretagne d’abord. »

Dans notre prochain numéro d’Informations ouvrières vous pourrez lire les interventions de :

Jérôme Legavre, député LFI, membre du Parti ouvrier indépendant (POI),

Alex Gordon, ancien président du RMT (syndicat national des travailleurs du rail, des transports terrestres et maritimes),

Sean Vernell, membre du comité exécutif national du UCU (University and College Union, syndicat des personnels universitaires).