Le refus de la guerre dans l’Etat d’Israël
Une note de lecture sur le livre « Refuzniks israéliens, ces soldats qui refusent de combattre en territoires occupés » de Fabienne Messica et Tamir Sorek est publié aux éditions Agnès Viénot.
- Tribune libre et opinions

Cet ouvrage sur les refuzniks israéliens est très intéressant, car il montre que quelque chose est de train de naître dans l’Etat d’Israël et que le « sionisme » se fracture en de multiples morceaux. D’un certain point de vue, une dernière partie est en train de se jouer, et cela risque d’être dramatique à tous égards.
La société israélienne était plus ou moins, plutôt plus que moins, axée sur une idée, le conflit était entre les Juifs et les Arabes. Le processus d’Oslo a liquidé cette vision, et le peuple palestinien est arrivé sur le devant de la scène. C’est désormais un conflit entre l’Etat d’Israël et les Palestiniens, et cela est une autre affaire, car les Palestiniens sont une partie composante du pays qui existe sur cette terre. Ce n’est plus une confrontation externe, mais interne. On est ainsi passé d’un pays qui était « fait pour les Juifs » à une situation où les Juifs sont « faits pour devenir Israéliens ».
Depuis cinquante ans, avec des hauts et des bas, le refus de la guerre et du traitement ignoble contre les Palestiniens engendre la création de multiples associations d’Israéliens qui refusent cela.
Le Courage de refuser est un mouvement qui regroupe 500 officiers et réservistes appartenant aux unités combattantes. Il a lancé une action pour refuser toute mission dans les territoires occupés. Les refuzniks (en référence aux refuzniks en URSS qui étaient les dissidents) sont des Sabras (nés donc en Israël, ce terme vient du nom d’un cactus qui délimitait les propriétés chez les Palestiniens) qui se sentent chez eux, n’ont aucune crainte de l’exil et de l’expulsion, et affirment que l’Etat d’Israël n’a pas besoin de l’occupation des territoires occupés, de la colonisation, ni de la terreur d’Etat pour se maintenir.
Une bombe au cœur du dispositif de l’existence de l’État d’Israël
Tous ces mouvements de refus de servir dans les territoires occupés sont composés d’officiers et de soldats des unités militaires de combat. C’est le cœur de Tsahal (Tsahal est Israël, Israël est Tsahal, mais c’est Tsahal qui fait Israël, qui se réduit à Tsahal). Ce qui faisait dire à Yigal Yadin, ancien chef d’état-major : « Le citoyen israélien est un soldat en permission onze mois par an. » C’est donc explosif, la bombe est au cœur du dispositif de l’existence et de la survie de l’Etat d’Israël.
En 1974, 65% des recrues estimaient que même si la conscription n’était pas obligatoire, ils iraient à l’armée. En 1989, ils étaient 43% à le dire et 34% en 1994. Un mouvement de fond se développe. 25% des candidats au recrutement de l’armée sont désormais exemptés et déclarés inaptes pour l’armée.
Un mouvement féministe, Nouveau Profil, regroupant des centaines d’Israéliennes, milite ouvertement pour l’abolition de la conscription. Elle réussit même, avec le collectif « Coalition des femmes pour la paix », à organiser une manifestation de 2 000 Israéliennes et Palestiniennes unies pour la fin de l’occupation et des négociations de paix.
Le 25 janvier 2002, le quotidien Haaretz publie une pétition de 52 officiers réservistes et soldats d’unité de combat de Tsahal indiquant leur refus de servir dans les territoires occupés. En un an, ils seront 512 à la contresigner. L’ancien procureur général Ben Yair, dans un article de 2002 : « Le septième jour de la guerre », soutient publiquement les refuzniks et dénonce l’apartheid contre les Palestiniens. Les réservistes ou les conscrits qui refusent de servir en Cisjordanie ou à Gaza ne sont plus payés par leurs employeurs pendant qu’ils sont en prison. On imagine les problèmes pour leurs familles. Tous les moyens, surtout les mauvais, sont employés pour faire plier les consciences.
L’acceptation par les Palestiniens du fait « Israël » est impossible
Par ailleurs, l’acceptation par les Palestiniens du fait « Israël » est impossible. Comment pourraient-ils comprendre et accepter qu’ils doivent payer pour un crime perpétré contre les Juifs par les Européens ? Un crime ne justifie pas un autre crime. Les Européens et les Etats-Unis ont considéré la Palestine comme une poubelle pour cacher leur forfaiture d’avoir laissé faire le génocide. Au crime s’ajoute le mépris le plus profond dans l’abomination la plus complète. Les « Juifs » qui n’y ont jamais vécu peuvent venir, avoir la nationalité, un logement, un travail, alors que les Palestiniens qui y ont vécu depuis des siècles ne peuvent retourner chez eux. Qui pourrait accepter cela ?
La colonisation renforcée des territoires de la Cisjordanie, terre palestinienne, amplifiée par la droite au pouvoir, a suscité la première Intifada, qui fit 1 500 morts palestiniens, dont de nombreux enfants. Il y a actuellement 380 000 colons israéliens en Cisjordanie et à Jérusalem. Comme la population russophone représente 20 % des habitants actuels et que le flux migratoire continue, il faut bien les loger quelque part, et ce sont encore les Palestiniens qui paieront pour quelque chose dont ils ne sont nullement responsables.
