Deux ministres de la Santé successifs, deux discours, une même politique
Urgences fermées, personnels en sous-effectifs, surchargés, patients refoulés de l’hôpital… Le gouvernement Macron poursuit la destruction l’hôpital public.
- Actualité politique et sociale, Santé

Au début de l’été, le ministre de la Santé, François Braun, se disait « serein » (Journal du dimanche, 8 juin), il allait jusqu’à contester toute fermeture des urgences. Deux mois plus tard, le nouveau ministre, Aurélien Rousseau, estime : « On ne peut se satisfaire, dans notre pays, d’avoir des endroits où les urgences restent portes closes la nuit » (Le Monde, 31 juillet). Ces deux discours sont-ils si différents ?
Il est clair que, devant l’accumulation des témoignages, plus personne ne peut nier la situation catastrophique des urgences : « Un été en surchauffe » (Sud-Ouest, 4 août) ; « L’enfer des urgentistes bordelais » (Le Figaro, 15 août), « Les services d’urgences au bord de la crise de nerfs » (FR3, 15 août), pour ne citer que quelques titres récents. De partout en France, remontent les témoignages de fermetures totales ou partielles de services d’urgences.
En Île-de-France, un nourrisson de deux mois a dû être transféré à Rouen, faute de place dans les services de réanimation pédiatrique. En plein été, alors que l’épidémie de bronchiolite n’a pas démarré ! Selon le responsable du Smur pédiatrique qui a pris en charge l’enfant : « En Île-de-France, il manquait 36 lits sur les 102 de réanimation et de soins continus pédiatriques. » (Le Parisien, 16 août.)
Les raisons, tout le monde les connaît : les conditions de travail inacceptables, l’absence de revalorisation des salaires, l’absence d’embauche de personnels qui font que les soignants quittent l’hôpital public. Cette situation relève d’une volonté politique délibérée de destruction de l’hôpital public.
Imposer la régulation par le 15
Le plafonnement des salaires des médecins intérimaires est en grande partie responsable de la fermeture de certains services d’urgences et de maternités. Il a été imposé par décret par François Braun, Aurélien Rousseau pourrait facilement suspendre le décret. Au contraire, il se sert de la situation pour imposer la régulation de l’accès aux urgences par le 15.
Les assistants de régulation médicale (ARM) sont au centre de ce dispositif et voient le nombre d’appels exploser. « Les voix du 15 à bout de souffle », titre Libération, le 18 août. « Répondre à la panique d’une mère devant la fièvre de son bébé, aux questions d’un appelant sans médecin traitant sur ses migraines, à la détresse nocturne d’une sexagénaire solitaire qui pense au suicide », voilà quelques exemples de situations auxquelles sont confrontés ces agents formés en seulement un an après le bac.
Ils sont en grève illimitée depuis le 3 juillet (Information ouvrières, no 770). Le ministre les a rencontrés à Toulouse le 14 août, lors d’une visite au Samu. Il a déclaré : « Les ARM, c’est le cœur de notre système de soins. Ils ont une fonction particulière qui ces dernières années a pris beaucoup d’ampleur, qui en a pris beaucoup plus depuis l’an dernier et le fait que l’on incite beaucoup les Français à passer par le 15 (…). Une partie de leurs revendications est légitime et on va y travailler dans les prochaines semaines. »
Cette déclaration ne sonne-t-elle pas comme l’annonce de la poursuite de la même politique de fermeture des urgences et, au-delà, de la mort des hôpitaux ?
Des médicaments moins remboursésL e projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2024 se discutera à la rentrée dans un cadre défini en juin par le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire : il faut faire des économies. Une des pistes évoquées est le doublement du montant des franchises sur les médicament et la participation forfaitaire sur les consultations qui passeraient respectivement de 50 centimes à 1 euros par boîte de médicament et de 1 à 2 d’euros pour la consultation médicale. C’est près d’un milliard d’euros que l’Etat entend récupérer sur le compte des patients. Gérard Raymond, président de France Assos Santé, s’indigne : « Si la mesure va au bout, on serait dans la double, la triple, la quadruple peine. Les Français ne trouvent plus de médecin traitant, ils galèrent pour avoir un rendez-vous chez un spécialiste et maintenant ils sont financièrement punis. Avec ce spectre de coûts supplémentaires, on les sanctionne d’être malades. » (Le Parisien, 20 août). Révoltant ! M.-P. L. |
