La situation au Bangladesh
Initié par la jeunesse estudiantine que la population a rejoint, un mouvement populaire de grande envergure a chassé le Premier ministre. La répression aura fait 300 morts parmi les étudiants et les travailleurs.
- Actualité internationale, Bangladesh

Le système de la ligue Awami remis en cause
Sheikh Hasina, ancienne Première ministre, qui a été chassée par la rue le 5 août, et ses partisans de la ligue Awami maintiennent une pression pour revenir aux commandes du pouvoir. Les membres de la ligue Awami ont manifesté devant la demeure historique de Sheikh Mujibur Rahman, père de Sheikh Hasina. Les manifestants ont été poursuivis par la population en colère et ont abandonné leur rassemblement.
Difficile de soutenir un système qui a tué plus de 300 étudiants et travailleurs. Le 18, une plainte est déposée « contre 600 dirigeants et militants de la Ligue Awami, dont un ancien député, Abdul Malek Sarkar », accusés de corruption et d’avoir organisé la répression contre le mouvement étudiant. Sheikh Hasina est aussi poursuivie pour homicides. Plus qu’une figure ou un parti, c’est tout un système qui est remis en cause.
Cette semaine, un débat récurrent a traversé le pays. Le coordinateur et actuel conseiller du mouvement étudiant anti-discrimination, Nahid Islam, a parlé de la réforme de l’État et de la structure sociale. Rappelons qu’il fait partie du nouveau gouvernement. Son idée est de poursuivre par des actes politiques la rupture initiée par les manifestants.
Lors du mouvement étudiant, il avait déclaré « Nous n’avons pas de direction unique, ni de porte-parole unique. (…) Le leadership unique n’existe pas, ce sont les étudiants qui le déterminent eux-mêmes ». Cette réforme semble effrayer les partis d’opposition qui ont bénéficié, en leur temps, des largesses du système.
En effet, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), lié au Bangladesh Jamaat-e-Islami1Parti islamiste s’étant opposé à l’indépendance de 1971. veut des élections sous trois mois avant de se lancer dans une telle réforme. Ils rejettent tout changement s’appuyant sur des revendications de la classe ouvrière. Cependant, le professeur Kazi Maruful Islam du Département d’études sur le développement (université de Dacca) considère que « si le délai de la mise en place d’une réforme de l’État se prolonge, il y aura une tendance à l’impatience parmi la population ».
Les syndicats reprennent une place dans les processus en cours, les extraits d’une déclaration commune ainsi que l’interview de deux responsables syndicaux en attestent (lire ci-dessous).
Correspondance de Z. M. Kamrul Anam, président de la Bangladesh Textile & Garment Workers League (BTGWL) et signataire de l’appel commun intersyndical « J’ai commencé mes activités syndicales en 1980. La BTGWL travaille dans les secteurs du textile, de l’habillement et de l’artisanat et n’est affiliée à aucun parti politique. Sur le plan organisationnel, nous n’avons pris aucune part au mouvement récent, mais certains de nos membres et dirigeants y ont pris part. C’est un mouvement populaire de grande envergure, bien qu’il ait été lancé par les étudiants. Finalement, il est devenu une revendication unique en raison de nombreuses victimes. La situation du pays était mauvaise mais maintenant elle s’améliore. L’industrie du vêtement a recommencé son activité. Mais certains travailleurs sont toujours absents. Bien que nous nous battions pour la sécurité de l’emploi, nous avons besoin de voir quelques jours de plus. Pour l’instant, il est difficile de dire si cela va durer sous le nouveau gouvernement. Mais nous avons beaucoup d’espoir. Nous avons eu une négociation avec les dirigeants de la BGMEA2L’Association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGMEA) est l’une des plus grandes associations professionnelles du pays, représentant l’industrie du prêt-à-porter. pour payer aux travailleurs tous les salaires arriérés et les jours d’absence dus à la situation du pays et à l’ordre du gouvernement, et ils ont accepté. Nous attendons du nouveau gouvernement que la situation s’améliore, que toutes les usines soient ouvertes et que les travailleurs s’y joignent et que la sécurité de l’emploi soit assurée, que les travailleurs reçoivent régulièrement leurs salaires arriérés et leur salaire complet. » |
Déclaration commune intersyndicale, 14 août (extraits) « Conférence de presse organisée conjointement par : 1. Fédération nationale des travailleurs du vêtement (NGWF) 2. Fédération des travailleurs du vêtement d’Akota (AGWF) 3. Fédération nationale des employés de magasin (NSEF) 4. Fédération des travailleurs du bâtiment du Bangladesh (BBCWF) L e mouvement étudiant exigeant une réforme du système de quotas s’est répandu dans tout le pays. Dans ce mouvement étudiant juste et pacifique, diverses agences et organisations chargées de l’application des lois affiliées au précédent gouvernement autoritaire ont tué des étudiants et des civils non armés. (…) En outre, des milliers d’étudiants et de civils ont été arrêtés. Des ouvriers, des agriculteurs, des jeunes et des gens ordinaires ont rejoint ce mouvement. Par la suite, ce mouvement s’est transformé en un soulèvement de masse. (…) Dans l’attaque brutale dirigée par le gouvernement autoritaire précédent, onze personnes de l’industrie du vêtement (qui rapporte 84 % des devises étrangères du pays), trente-six employés de magasins et plus de dix-sept ouvriers du bâtiment ont été tués. Parmi eux, cinq étaient membres de notre Fédération nationale des travailleurs du vêtement (NGWF). Plus d’une centaine de dirigeants centraux et de membres des quatre fédérations ont été blessés et environ cent membres ont été arrêtés. Depuis la conférence de presse d’aujourd’hui, nous rendons hommage et exprimons notre gratitude au défunt tout en condamnant fermement toutes ces actions du gouvernement précédent. (…). Les demandes de 4,2 millions de travailleurs du vêtement, 6 millions de travailleurs du magasin et 3,7 millions de travailleurs du bâtiment au gouvernement intérimaire : 1. Justice immédiate pour les meurtres [des travailleurs précédemment cités] ; garantir la punition des responsables et fournir une indemnisation adéquate aux familles des tués. 2. Assurer le traitement médical nécessaire et avancé et l’indemnisation de tous les travailleurs blessés. 3. Libérer immédiatement, sans conditions, plus de deux cents travailleurs arrêtés. 4. Augmenter immédiatement les salaires fixés pour les travailleurs du vêtement et changer le terme « salaire minimum » en « salaire vital » ou « salaire décent » sur une base légale. 5. Annoncer immédiatement un salaire minimum national applicable à tous les secteurs et à tous les travailleurs du pays. 6. Former immédiatement un comité des salaires pour les 6 millions d’employés de magasin travaillant à travers le pays. 7. Garantir 1,5 jour de congé hebdomadaire pour les employés de magasin et un jour pour les ouvriers du bâtiment conformément à la législation du travail. 8. Introduire immédiatement un système de rationnement pour 4,2 millions d’ouvriers du vêtement, 6 millions d’employés de magasin, 3,7 millions d’ouvriers du bâtiment et d’autres travailleurs à faible revenu. 9. (…) Abolir immédiatement la loi distincte pour les zones franches d’exportations (ZFE) et soumettre les ZFE à la législation du travail existante du pays – où les travailleurs auront le droit d’exprimer leurs opinions, de s’organiser et de négocier. 10. Réformer la législation du travail et les règles du travail actuelles au Bangladesh à la lumière des conventions 87 et 98 de l’OIT. 11. Supprimer tous les obstacles juridiques imposés par les propriétaires et sociaux à la formation de syndicats et à la conduite d’activités syndicales dans le secteur de l’habillement et d’autres secteurs au Bangladesh. 12. Garantir l’égalité, des salaires et des droits au sein de la famille, de l’État, de la société et du lieu de travail pour les travailleuses. 13. Nous exigeons que le gouvernement intérimaire réponde aux besoins fondamentaux des ouvriers du vêtement, des ouvriers du bâtiment, des ouvriers du commerce, des ouvriers agricoles et des personnes à faible revenu du pays, tout en mettant un terme aux méga-projets et à la méga-corruption. » |
