Où va le NPA ?

Une déclaration du NPA sur l’Ukraine : l’adieu à Pierre Frank et à Ernest Mandel.

Post (28 novembre) de la députée macroniste Nathalie Loiseau qui reposte le communiqué du NPA. Usine de fabrication d’obus à La Chapelle-Saint-Ursin (photo AFP)
Par Lucien Gauthier
Publié le 7 décembre 2025
Temps de lecture : 5 minutes

Nous n’aurions jamais pensé devoir publier un jour un tel article sur le NPA. Si, avec le courant dont il est issu, nous avons eu de nom breux désaccords et polémiques, cela restait dans un cadre. Il ne s’agit plus de cela aujourd’hui: une barrière a été franchie avec la publication du communiqué du NPA sur le « plan de paix » de Trump sur l’Ukraine (25 novembre).

Passons sur le fait que ce communiqué répète la même chose que les médias officiels et les responsables des États de l’Union européenne sur la « connivence Trump/Poutine ».

Comme si la véritable question n’était pas que l’impérialisme américain, et pas seulement Trump, a vocation à jouer le rôle du gendarme du monde et assurer l’« ordre impérialiste » pour la défense de ses propres intérêts au détriment y compris de ses « alliés » européens.

Soutenir l’Union européenne contre Trump

Le communiqué du NPA commence par distinguer la politique de l’UE de celle – mauvaise – de Trump : car l’ « accord » a été « élaboré sans l’UE », reprenant ainsi ce que la plupart des dirigeants européens regrettent, revendiquant d’être parties prenantes des discussions.

Mais le communiqué va encore plus loin : « Les États européens doivent apporter de l’aide militaire, matérielle, financière dont l’Ukraine a besoin pour défendre son indépendance et utiliser pour ce faire les avoirs russes gelés et les profits de l’industrie d’armement. Nous réclamons le respect des sanctions contre la Russie. » Il ne s’agit plus là de soutien au peuple ukrainien mais, face à l’impérialiste Trump, de demander aux gouvernements européens de s’engager plus avant. Plus d’argent, plus d’armes, plus de sanctions contre la Russie !

Pour le NPA, dorénavant, la solution passe par le fait de s’en remettre à Macron, Starmer, Merz et Meloni pour que la guerre en Ukraine se poursuive. En plein examen du budget en France, cela revient à dire concrètement que le NPA donne raison à Macron qui exige l’augmentation du budget des armées de 6,7 milliards d’euros. Allons jusqu’au bout : pour le NPA, cela signifie-t-il qu’il faudrait le voter ?

Que pense la direction du NPA du nouvel accord amendé par Zelensky et l’UE qui contient l’utilisation des avoirs russes gelés, le renforcement des sanctions contre la Russie, la poursuite de l’aide militaire et même le déploiement de troupes occidentales sous commandement français et britannique comme « garantie de sécurité » à l’Ukraine ? Cela va dans le bon sens ?

Haro sur ceux qui s’opposent à la guerre

Alors qu’il y a une offensive énorme de militarisation de la société en agitant la menace russe pour justifier toutes les attaques anti-ouvrières et la dénonciation de la France insoumise comme « poutiniste » et « munichoise », on lit dans le communiqué : « De larges pans de la gauche renvoient dos à dos agresseurs et agressés, prétendent que l’Otan menaçait la Russie et réitèrent leur appel à “la paix” » !

Incroyable : en utilisant le mot « prétendre », cela signifie que l’Otan ne menaçait pas la Russie ! Passons sur les positions que prête le NPA aux opposants à la guerre et notamment à LFI, même si elle n’est pas citée. Le « crime » de LFI serait donc en réalité d’avoir voté contre le budget de l’armée à l’Assemblée nationale et de s’être prononcée contre la guerre.

Car, pour les dirigeants du NPA, il faut plus d’argent, plus d’armes pour l’Ukraine ! Il faudrait donc accepter une augmentation des dépenses militaires, se féliciter de l’accord Zelensky et Macron pour l’achat de 100 Rafale !

Le budget de l’armée est devenu avec Macron le premier budget au détriment de la santé et de l’école. Il faudrait l’accepter au nom de l’« aide » à l’Ukraine ?

« Autodétermination » avec l’aide de l’UE

Selon le communiqué du NPA : « La lutte du peuple ukrainien est au cœur de la résistance antifasciste du XXIe siècle. (…) Une capitulation de l’Ukraine serait un coup terrible pour notre camp social et une accélération de la fascisation mondiale en cours et à sa logique de partage des sphères d’influence entre autocrates. »

L’impérialisme américain, mais aussi les impérialismes européens auraient disparu, il ne reste que les autocrates qui cherchent à se partager le monde… !

« Le NPA reste plus que jamais mobilisé en faveur de l’autodétermination du peuple ukrainien. » Une « autodétermination » avec les États européens ? Avec l’impérialisme américain ? Avec ceux qui livrent des armes à l’Ukraine, mais aussi à Netanyahou pour le génocide en Palestine. Avec ceux qui poussent à la guerre et à l’escalade envoyant à la boucherie des centaines de milliers de personnes. Avec ceux qui conjointement avec la bureaucratie du Kremlin ont, à la chute de l’URSS, poussé à la division et à l’opposition entre les peuples de l’URSS.

De dangereuses convergences…

Un communiqué du NPA digne de Glucksmann. Lors de la journée de l’indépendance de l’Ukraine celui-ci déclarait : « L’indépendance de l’Ukraine, c’est l’indépendance de l’Europe. (…) Nous savons que les traîtres qui logent à Washington ou en France sont des traîtres autant à la liberté de l’Ukraine qu’à la liberté de l’Europe. Nous savons que quand Trump marche sur Zelensky, il marche sur l’Europe. Nous savons aussi que les politiciens qui s’attaquent à Zelensky, en réalité, s’attaquent à la liberté de tous les Européens. (…) N’est-ce pas Monsieur Mélenchon. (…) Alors les dirigeants européens doivent cesser de tergiverser, doivent cesser d’hésiter. Ils doivent livrer les armes nécessaires à l’Ukraine. » Une convergence qui ne s’arrête pas là.

En effet, le communiqué du NPA va même encore plus loin. On peut lire : « Une capitulation de l’Ukraine (…) encouragerait d’autres politiques d’annexions (…) : les États-Unis vers le Groenland ou la Chine vers Taïwan. »

Que Glucksmann déclare que « l’agressivité chinoise nous demande de soutenir Taïwan » est une chose ; que le NPA compare Trump quant au Groenland, à la Chine quant à Taïwan est incroyable ! Il ne s’agit donc plus du peuple ukrainien, mais d’une nouvelle appréciation de la situation mondiale de la part du NPA. Chine et États-Unis, tous pareils, tous des autocrates… Alors que Trump désigne la Chine comme le principal ennemi.

Taïwan est une création artificielle de l’impérialisme américain après la victoire de la révolution chinoise en 1949 ! Tchang Kaï-chek et les valets chinois de l’impérialisme américain ont détaché une partie du territoire, Taïwan, pour s’y réfugier et y constituer une base militaire géante, surarmée par les États-Unis à moins de 200 kilomètres des côtes de la Chine continentale. C’était là, la position du courant d’Ernest Mandel qui a personnellement beaucoup écrit sur cette question.

L’impérialisme américain menace la Chine si elle cherche à récupérer son territoire, et plus généralement la désigne comme son ennemi n° 1. Que Glucksmann et des dirigeants du PS s’inscrivent dans cette offensive c’est logique, mais le NPA ?

« Crosse en l’air et rompons les rangs »

Dans leur logique guerrière, les dirigeants actuels du NPA adoptent un ton viril et martial pour écrire qu’il « continue d’apporter son soutien à nos camarades militants-es en Ukraine qui résistent sur le front les armes à la main ».

Les armes à la main… ! Des centaines de milliers d’Ukrainiens sont tués, blessés, amputés « sur le front les armes à la main ». Faut-il que cela continue ?

Que dire de ce million d’Ukrainiens, notamment des jeunes, qui ont fui leur pays pour éviter d’aller « au front » ? Que dire des 100 000 soldats (selon l’état-major ukrainien) qui ont quitté « le front », déserté ? Ces hommes sont-ils des traîtres ?

Manifestement un peu embarrassés par les derniers développements du régime de Kiev, les dirigeants du NPA se sentent obligés en conclusion – à la manière des jésuites – d’affirmer leur indépendance à l’égard de Zelensky… seulement ?

Zelensky, comme Poutine, est à la tête d’un régime d’oligarques mafieux, éclaboussé personnellement d’un scandale de corruption. Un régime mafieux qui a cassé le Code du travail, encamisolé les syndicats, interdit onze partis politiques, réprime les déserteurs et qui s’attaque aux enseignants provoquant leur mobilisation à l’appel de leur syndicat, malgré la répression. Et c’est tout !

Ni Otan ni Poutine !

Le cours actuel de la nouvelle direction du NPA s’éloignant de sa propre tradition fait des heureux. La très macroniste députée Nathalie Loiseau poste sur les réseaux l’intégralité du communiqué du NPA avec le commentaire suivant : « Message à Fabien Roussel et Jean-Luc Mélenchon, il est encore possible d’être – très – à gauche et de ne pas perdre sa dignité. »

Pour notre part, nous considérons que la déclaration du secrétariat international de la IVe Internationale du 24 février 2022, deux jours après l’entrée des troupes de Poutine en Ukraine, peut se résumer ainsi : « Ni Otan, ni Poutine. » Il exprime le combat internationaliste, anti-impérialiste et révolutionnaire.

Nous sommes certains que les militants qui ont adhéré au NPA pour le combat révolutionnaire ne peuvent se reconnaître dans ce communiqué qui ne tourne pas seulement le dos aux positions traditionnelles du NPA, mais conduit à rompre avec le courant politique qui se réclamait du trotskysme fondé par Pierre Frank et Ernest Mandel.