Le meeting de Londres au cœur de la conférence annuelle de Stop the War

Deuxième partie et dernière partie du reportage à la conférence annuelle de Stop the War, ce 14  mars, à Londres. Extraits des interventions de Jérôme Legavre, Alex Gordon, Sean Vernell.

Lors de la convention annuelle de la Coalition Stop the Par, à Londres, le 14 mars (photo Matthew M.).
Par la rédaction d’IO
Publié le 28 mars 2026
Temps de lecture : 8 minutes

Vous pouvez retrouver les interventions de John Rees, cofondateur de Stop the War et Micaela Tracey-Ramos, membre du comité exécutif de Unison (syndicat national des services, premier syndicat du Royaume-Uni ici.

Jérôme Legavre, député LFI et membre du POI

« Chers amis, chers camarades, tout d’abord, je voudrais remercier chaleureusement les camarades de Stop the War pour leur invitation. C’est toujours un plaisir pour moi de travailler avec vous et de participer à vos initiatives contre le génocide du peuple palestinien et contre la marche à la guerre menée par nos gouvernements. Je dois dire que, depuis la France, les puissantes manifestations qui se déroulent depuis plus de deux ans en Grande-Bretagne, et plus récemment contre la guerre en Iran, en particulier à Londres, sont un puissant signe d’encouragement.

Le 5 octobre, nous étions ensemble à Paris pour un meeting contre la guerre et contre le génocide en Palestine. Ce meeting a rassemblé 4 000 personnes, des militants venus de toute l’Europe et des États-Unis. Et nous serons de nouveau ensemble le 20 juin lors du meeting de Londres qui, j’en suis sûr, rassemblera des milliers de personnes, militants politiques et syndicalistes de nombreux pays. Du fond du cœur, merci à Stop the War d’avoir pris cette initiative, à laquelle participeront plusieurs centaines de militants et syndicalistes français.

Ce meeting sera en lui-même un événement politique majeur, dans une situation qui s’aggrave rapidement.

Il y a deux semaines, Trump et Netanyahou ont lancé une guerre dévastatrice contre l’Iran et le Liban. (…)

Il y a seulement quelques semaines, Trump est intervenu militairement contre le Venezuela et a enlevé son président, Nicolas Maduro. En pleine guerre contre l’Iran, il menace désormais Cuba.

Netanyahou est poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Trump mène une guerre intérieure contre les immigrés et contre la classe ouvrière américaine.

Et pourtant, ce sont ces mêmes dirigeants qui ont osé dire : nous allons libérer le peuple iranien. (…)

La réalité est que l’impérialisme américain traverse une crise profonde. Le système capitaliste, dont l’impérialisme américain est la puissance dominante, est dans une impasse. Pour tenter de maintenir sa position dominante, l’impérialisme américain étend les guerres et alimente la course aux armements. Piller et exploiter ne suffisent plus ; il lui faut davantage – il lui faut la guerre.

Même l’Onu – l’Onu qui a approuvé et coorganisé le blocus de l’Irak, qui a tué un demi-million d’enfants irakiens, l’Onu dont toutes les résolutions sur Israël sont restées lettre morte – même l’Onu est superflue pour Trump. Tout le monde comprend ce que cela signifie… même le Financial Times a écrit : « Bored of peace » , c’est-à-dire « ennuyé par la paix ».

En Europe, pratiquement tous les gouvernements s’alignent sur Trump, à l’exception de l’Espagne. En France, Emmanuel Macron a décidé d’engager la France dans la guerre contre l’Iran. C’est, après tout, la conséquence logique de sa complicité dans le génocide du peuple palestinien.

Macron joue un rôle actif dans la course aux armements et dans la marche à la guerre. Il s’est récemment mis en scène en chef de guerre sur la base française de sous-marins nucléaires et a déclaré : la France doit acquérir des têtes nucléaires supplémentaires, étendre sa dissuasion nucléaire à l’échelle européenne en y incluant les Britanniques, les Allemands, la Pologne… Dans le même temps, la machine de propagande tourne à plein régime.

Le chef d’état-major de l’armée française a déclaré : les Français doivent être prêts à sacrifier leurs enfants…

La partie la plus intéressante, cependant, est que malgré la campagne acharnée et ignoble menée par Macron et ses alliés, relayée jour et nuit sur les télévisions, les radios et dans la presse contre la France insoumise et Jean-Luc Mélenchon, malgré les menaces de mort et les provocations, plus de 12 000 nouveaux membres ont rejoint LFI ces dernières semaines, et toutes nos réunions sont pleines à craquer. Leur campagne visant à criminaliser et à interdire LFI est, jusqu’à présent, un échec complet.

Parce qu’il y a une résistance. Parce qu’il y a une irrésistible volonté de rupture avec les fauteurs de guerre.

Je voudrais saisir cette occasion pour remercier la coalition Stop the War pour le message de soutien que vous nous avez adressé à la suite de l’infâme campagne qui cherchait à rendre LFI responsable de la mort d’un jeune néonazi lors d’une bagarre de rue – un adorateur d’Adolf Hitler auquel Macron, les socialistes et l’extrême droite ont rendu hommage à l’Assemblée nationale.

Je voudrais remercier John Rees et Alex Gordon, qui ont accepté de venir faire une tournée en France au début du mois d’avril pour préparer le meeting de Londres, et pour rencontrer les nombreux syndicalistes qui veulent combattre la marche à la guerre et qui sont freinés par des directions restées silencieuses face au génocide des Palestiniens et qui nous expliquent maintenant que l’industrie de l’armement sauverait les emplois industriels menacés, notamment dans l’industrie automobile.

(…) Je voudrais remercier Lindsey German, Kate Hudson, John et Chris Nineham, qui ont largement contribué à rendre possible ce travail commun entre militants, députés et syndicalistes français et britanniques.

Pour notre part, nous le disons clairement : bas les pattes devant l’Iran, le Liban et le peuple palestinien.Aux mensonges des dirigeants qui prétendent libérer les peuples en les bombardant, nous opposons le droit des peuples à l’autodétermination.

À l’heure où des milliers de personnes ont péri sous les bombardements : cessez-le-feu immédiat.

Arrêt des bombardements américains et israéliens contre l’Iran et le Liban.

Au gouvernement français, nous disons : retirez les troupes !

Au moment où il ne fait plus aucun doute que nos gouvernements se préparent à la guerre, nous sommes convaincus que c’est la mobilisation des peuples qui arrêtera cette fuite en avant vers l’abîme et ouvrira une issue.

Ce qui a mis fin à la guerre du Vietnam, ce fut la résistance héroïque des peuples, d’abord le peuple vietnamien, puis la classe ouvrière et la jeunesse américaine.

À notre tour maintenant. En avant vers le meeting de Londres ! »

Alex Gordon, ancien président du RMT (syndicat national des travailleurs du rail, des transports terrestres et maritimes)

« J’ai eu le plaisir de travailler à la rédaction d’un document intitulé « Alternative Defence Review 2025 ». Il est disponible gratuitement en ligne sur le site de la CND (Campaign for Nuclear Disarmament).

Ce document contient beaucoup d’informations utiles pour le mouvement. Il a été particulièrement important lors du congrès du TUC à Brighton en septembre 2025, où nous avons réussi à renverser la politique lamentable adoptée par le TUC trois ans auparavant, qui appelait à augmenter les dépenses militaires au nom de la croissance économique.

En septembre dernier, cette politique a été abandonnée. Le mouvement syndical britannique a voté à une large majorité pour la remplacer par une politique appelée « Wages Not Weapons » (Des salaires, pas des armes). Cette motion venait du syndicat University and College Union (UCU). Je suis membre du RMT, mais j’ai eu le plaisir de soutenir cette motion lors du congrès du TUC à Brighton.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Un an après mars 2025, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a annoncé un programme qui a ensuite été rebaptisé « Security Action for Europe », dont l’acronyme Safe (« sûr ») sonne évidemment beaucoup plus rassurant.

Ce programme promet 800 milliards d’euros de soutien militaire européen, officiellement pour soutenir la poursuite de la guerre en Ukraine. Mais derrière ces chiffres spectaculaires, il faut regarder de plus près les mécanismes réels. En réalité, l’Union européenne propose 150 milliards d’euros de prêts financés par des capitaux privés, destinés aux États membres pour financer les industries d’armement en Pologne, en Scandinavie, en France, en Belgique et dans d’autres pays européens. Ces prêts sont assortis de conditions. (…)

Malgré l’enthousiasme évident des généraux, des marchands d’armes et des politiciens bourgeois pour réduire les dépenses publiques – dans l’éducation, la santé, le logement ou les infrastructures – afin de financer l’augmentation des dépenses militaires, aucun gouvernement européen n’a encore réussi à convaincre sa population d’accepter la construction d’une économie de guerre. Ils sont sur la défensive.

Nous ne devons pas accepter l’idée que ce processus serait inévitable ou irréversible. La bataille que nous menons est une bataille pour défendre les conquêtes sociales que notre classe a obtenues au cours d’un siècle de luttes. Nous ne devons jamais abandonner l’idée que nous pouvons défendre les services publics contre ceux qui cherchent à s’enrichir grâce au commerce des armes.

Regardons maintenant les montants en jeu et la manière dont cette politique est organisée. Lors du sommet de l’Otan à La Haye en juin 2025, les États membres se sont engagés à consacrer 3,5 % du PIB à la défense, plus 1,5 % du PIB à des dépenses liées à la sécurité d’ici à 2035. (…)

Selon le FMI, 17 des 27 États membres de l’Union européenne dépassent déjà les limites fixées par le pacte de stabilité et de croissance, qui prévoit un déficit public maximal de 3 % du PIB et une dette publique maximale de 60 % du PIB.

Prenons l’exemple de la France. En 2022, les dépenses militaires françaises ont atteint environ 53 milliards de dollars, poursuivant une hausse qui dure depuis huit années consécutives. Les dépenses militaires européennes ont désormais dépassé leur niveau de la fin de la guerre froide. En France, le budget militaire doit passer de 43,9 milliards d’euros à environ 69 milliards d’euros d’ici à 2030.

En Allemagne, le gouvernement est même allé jusqu’à suspendre la règle constitutionnelle de limitation de la dette – un principe central de la politique économique allemande depuis la Seconde Guerre mondiale – afin de financer l’augmentation des dépenses militaires.

Et ici, au Royaume-Uni, nous avons un gouvernement qui s’est engagé à suivre l’objectif de l’Otan d’atteindre 5 % du PIB pour les dépenses militaires et de sécurité. Le gouvernement a annoncé que les dépenses militaires passeraient à 2,6 % du PIB dès l’année prochaine, à 2,7 % d’ici à la fin de cette législature, puis à 5 % lors de la législature suivante.

Tout cela correspond à une course aux armements et à une escalade des dépenses militaires menée par les gouvernements européens. Et pourtant, les dirigeants qui portent cette politique – Keir Starmer, Friedrich Merz et Emmanuel Macron – enregistrent aujourd’hui les taux de popularité les plus faibles de l’histoire récente pour des dirigeants en exercice dans leur pays respectif. Cela montre l’échec des classes dirigeantes européennes à obtenir un soutien populaire pour la construction d’un État de guerre. »

Sean Vernell, membre du comité exécutif national du UCU (University and College Union, syndicat des personnels universitaires)

« Comment construire les bases, les fondations et les forces nécessaires pour faire face à la situation ?

Beaucoup d’entre nous, dans cette salle, militons depuis des années contre les guerres. Nous savons tous une chose très simple : les guerres sont menées par les pauvres et les travailleurs, envoyés tuer d’autres pauvres et d’autres travailleurs au nom d’intérêts qui ne sont pas les leurs. C’est pour cela que nous nous opposons à la guerre, ici comme ailleurs.

Mais la question est : comment construire un mouvement suffisamment fort pour arrêter la guerre ? Une partie de la réponse est de refuser toute participation à ce qui constitue un génocide. Et cela commence dans nos organisations. Par exemple, nous avons mené campagne pour que le syndicat UCU adopte une position de boycott académique contre Israël.

Nous avons réussi à faire adopter cette position. Nous avons également soutenu la motion du syndicat RMT appelant à mettre fin à l’escalade de la guerre au Moyen-Orient. Cette position a ensuite été soutenue unanimement au sein du TUC, la confédération des syndicats britanniques.

Mais cela ne s’est pas fait tout seul. Nous avons dû organiser des campagnes, faire pression, convaincre les délégués et intervenir lors des congrès syndicaux. Au congrès du TUC, nous avons réussi à faire adopter une motion qui remettait en cause l’augmentation massive des dépenses militaires. C’était une position importante, car la direction syndicale britannique avait jusque-là soutenu ces dépenses.

La direction syndicale et certains responsables ont essayé de nous faire taire. Ils disaient que s’opposer à l’industrie de l’armement reviendrait à mettre les travailleurs de ce secteur au chômage. Mais ce n’est pas vrai. Quand vous parlez avec les travailleurs de ces industries, beaucoup d’entre eux disent qu’ils préféreraient utiliser leurs compétences pour construire des trains, des bus, des infrastructures ou des technologies utiles, plutôt que des armes.

La question n’est donc pas de défendre les profits des entreprises d’armement. La question est de savoir comment utiliser les compétences et les capacités industrielles pour produire ce dont la société a réellement besoin.

C’est pour cela que les campagnes et les motions adoptées dans les syndicats sont importantes. Elles contribuent à créer une culture internationaliste dans le mouvement ouvrier. Nous sommes des internationalistes. Nous ne sommes pas des nationalistes.

C’est pourquoi nous avons également soutenu une motion dans notre conférence syndicale appelant à s’opposer à la conscription. Le retour de la conscription est un danger réel. On nous explique qu’il s’agit d’un choix patriotique. Mais pour beaucoup de jeunes – surtout parmi les plus pauvres – ce n’est pas un choix.

C’est souvent la seule possibilité qui leur est laissée. Des centaines de milliers de jeunes de 18 à 24 ans se retrouvent sans emploi. On leur présente alors l’armée comme une solution. C’est pourquoi nous devons mener une campagne contre cette logique. (…)

Et nous devons faire en sorte que cela ne se reproduise plus jamais.

Pour cela, il faut organiser les gens. Il faut construire un mouvement capable de résister. Plusieurs mobilisations importantes sont déjà prévues. Par exemple, la mobilisation du 20 juin, qui doit devenir un moment de rassemblement pour le mouvement contre la guerre. (…)

Nous devons faire vivre ces débats dans chaque syndicat, dans chaque université, dans chaque lieu de travail. Ce que nous faisons dans nos syndicats et dans nos lieux de travail fait réellement une différence, et ce n’est pas de trop pour contribuer à construire ce mouvement. »

Pour plus de renseignements : www.contrelaguerre.fr