Martinique : Défaite historique du Parti progressiste martiniquais aux législatives
Un article de l’Alliance ouvrière et paysanne (n° 92) revient sur la défaite électorale aux élections législatives du PPM. Il publie la lettre de rupture de l’ancien président du PPM qu’il a adressée à Olivier Faure en juillet.
- Actualité internationale, Martinique

« La défaite historique du Parti progressiste martiniquais (PPM)1Parti progressiste martiniquais, fondé en 1958, notamment par Aimé Césaire, membre de la Nupes en 2022, et maintenant du NFP. (54,53 % pour la présidente de la Fédération socialiste de Martinique, Béatrice Bellay contre 45,47 % au candidat PPM Johnny Hajjar, tous deux se réclamant du Nouveau front populaire) s’est faite sur fond d’une abstention toujours aussi massive (67,5 %) et de la victoire de trois autres candidats se réclamant du NFP, dont deux du parti nationaliste martiniquais Péyi A2Mouvement politique indépendantiste martiniquais, fondé en 2019, membre de la Nupes en 2022, et maintenant du NFP. (65,68 % à Nadeau au nord et 86,58 % à Nilor au sud).
La forte abstention manifeste tout simplement une fois de plus, que les Martiniquais ne se sentent pas français. Ceux qui ont voté ont exprimé, selon leurs témoignages, à travers la candidate PS leur volonté de voir satisfaites leurs revendications sociales, et d’autre part à travers les candidats de Péyi A leur aspiration à voir satisfaites les mêmes revendications sociales dans un cadre martiniquais.
La victoire du député Nadeau sur le maire de Saint-Joseph, Yann Monplaisir qui a fait une campagne brutalement anti-indépendantiste, accusant Nadeau d’être allé à une rencontre anti-colonialiste en Azerbaïdjan montre que le mot d’ordre d’indépendance ne sert plus d’épouvantail au peuple martiniquais. Nadeau, qui s’est prononcé par ailleurs pour une Convention du Morne Rouge bis3La Convention du Morne-Rouge, en 1971, regroupa les partis communistes des quatre départements d’outre-mer de l’époque (Guadeloupe, Guyane, Martinique, La Réunion) pour constater la faillite de la départementalisation et constater la nécessité d’une autonomie politique., a obtenu au Prêcheur 95,90 % avec un taux de participation de 53,42 % et dans la grosse commune de Schoelcher 70,77 % avec un taux de participation de 42,51 % !
Le PPM par son allégeance au parti socialiste français (que certains, comme feu Édouard Delépine, avaient voulu pousser à l’extrême en ayant tenté de supprimer des statuts du parti son caractère nationaliste et de le faire adhérer à la IIe internationale) qui s’est révélé au pouvoir un suppôt du capitalisme et du colonialisme, a perdu son âme initiale, et a subi la même logique du pourrissement qui a provoqué la honteuse défaite électorale de Hollande.
Le parti Péyi A, en qui les Martiniquais mettent leurs espoirs, porte désormais la responsabilité historique de ne pas, comme le PPM, trahir les espoirs d’émancipation nationale et sociale du peuple martiniquais.
Nous portons à la connaissance de nos lecteurs l’intégralité de la lettre de rupture de Letchimy4Ancien président du PPM, et ancien député du PPM, membre du groupe socialiste à l’Assemblée. avec le Parti socialiste.
« Serge Letchimy militant du Parti progressiste martiniquais, président du Conseil exécutif de Martinique à Olivier Faure Premier secrétaire du Parti socialiste. Monsieur le Premier secrétaire du Parti socialiste, Au cours des cinquante dernières années, les élus du Parti progressiste martiniquais, apparentés à votre groupe parlementaire, ont fait le choix de défendre loyalement les idéaux portés sur le plan hexagonal par le Parti socialiste français. Les relations entre deux grands hommes, Aimé Césaire et François Mitterrand, ont témoigné d’un souffle constant : celui de l’émancipation de nos peuples que désigne encore, hélas, le sigle « outre-mer ». Pendant près de quinze ans, j’ai partagé à l’Assemblée nationale, avec vous et des collègues remarquables, de hautes luttes pour défendre les valeurs de la dignité humaine et du progrès. Nous l’avons fait dans le respect de nos différences, en confiance partagée. Johnny Hajjar a poursuivi cette collaboration avec droiture, détermination, dans une intégrité intellectuelle que ses collègues ont appréciée. À ce grand député, j’exprime ici ma gratitude et ma profonde reconnaissance. En revanche, vous, Monsieur le premier secrétaire, vous avez insulté le travail accompli. Vous avez insulté sa durée historique. Vous avez insulté dans le même temps les principes élémentaires de la rigueur, du respect et de l’amitié. Mais, plus grave encore : en 2017, vous avez bafoué ce qu’il y a de plus précieux pour un progressiste autonomiste comme moi : le droit à l’initiative politique. Aimé Césaire avait gravé ce droit dans notre doctrine d’émancipation et de progrès. Cette capacité à agir, cette latitude de conception et de mise en œuvre, cette indépendance des idées dans le cadre de nos réalités géopolitiques post-coloniales, sont l’essence même de la lettre de notre grand poète à son allié dominateur, Maurice Thorez. Cette essence s’est trouvée à l’origine de la création du Parti progressiste martiniquais, libre de toute férule, fièrement martiniquais. Donc, au-delà de la faute politique, au-delà du mépris manifeste relevant sans doute d’un relent colonial, vous avez manifestement ourdi une trahison. Rassurez-vous : nous portons avec dignité notre part de responsabilité dans cette défaite. Nous en tirerons toutes les leçons utiles, et nous reviendrons très vite sur cette ligne de défense de nos concitoyens. En attendant, je reste plus que jamais opposé à toutes formes d’opportunisme assimilationniste, à toutes errances sur les principes et les valeurs. Pour moi, la politique n’est ni un troc, ni un business, ni un calcul opportuniste, sans idéal et sans respect de l’autre. C’est pourquoi, pour éviter toute contamination avec l’absence d’éthique qui manifestement vous anime, je mets fin à toute collaboration avec les socialistes français. Lonnè épi respé. » Martinique, le 13 juillet 2024 |
